En réponse au dernier billet de Marc Leroy

Marc Leroy anime contre vents et marées, et en dépit des tracasseries judiciaires ourdies par un individu infréquentable pour tout homme de bien, un blog intitulé « La plume à gratter« . Il fait partie de cette petite bande de blogueurs, plus ou moins réactionnaires, que je m’enorgueillis de compter au nombre de mes amis, au sens noble du terme. Il n’est pas royaliste, nul n’est parfait hélas, mais c’est, comme tout bon réac qui se respecte, un homme de conviction. Il a l’amour de la patrie chevillé au corps, et chaque billet qu’il écrit n’a qu’un but : défendre la souveraineté française. Hier, il a écrit un fort beau et vibrant plaidoyer pour l’union de tous les mouvements qui défendent cette idée. Je vous engage à le lire.

Cependant, je ne peux m’empêcher de penser qu’il ne sera pas entendu par les intéressés. Après le second tour des élections régionales, j’ai pris le temps d’écouter le discours tenu par tous les dirigeants des partis souverainistes. Je laisse le FN de côté, son incontestable position de chef de file de cette mouvance politique se suffit à elle-même pour que l’on perde du temps à gloser. Bien que les résultats des autres formations soient dérisoires en comparaison, force est de constater qu’elles ont toutes progressé en nombre de voix. Et c’est là que le bât blesse. La France est pour l’heure soumise au régime politique de la république, fondé qui plus est sur le système de la démocratie représentative, qui de tous les modèles démocratiques est certainement le pire. À l’intérieur de ce système, des factions s’opposent, les partis politiques. Ces partis, pour exister, doivent obtenir des sièges dans les exécutifs locaux, à l’Assemblée nationale, au Sénat, et si possible, cerise sur le gâteau, voir un de leur membre accéder à la présidence de la république.

Tout est là sous nos yeux, clair, net, précis. La recherche du bien commun, de la grandeur de la patrie, ne sont pas inscrits aux agendas de ces factions. Ce qu’elles visent, c’est le plus d’élus possibles, sinon, à défaut, d’arriver au-delà de la ligne fatidiques des 5% des suffrages exprimés pour se voir remboursés d’une partie des frais engagés pour la campagne électorale. La république est une impitoyable machine à créer de la division. Chaque camp, droite, gauche, centre, est divisé en une multitude de partis politiques (285 en 2013) qui tentent tant bien que mal de se tailler une part du gâteau républicain. C’est la lutte acharnée de chacun contre tous les autres. Le tout couronné par une magnifique fiction : celui qui arrive à la présidence est réputé oublier son « camp » pour servir le peuple français. Alors qu’au sein de chaque grande famille politique règne l’esprit de chapelle qui pousse à nier aux autres formations le droit de se réclamer de la même famille, alors que les ego se développent au fil des succès, même minimes, comment imaginer une seule seconde que l’intérêt de la nation puisse un instant avoir sa place dans cette foire d’empoigne ? Car je les ai entendus tous ces « leaders » souverainistes, depuis le 6 décembre, se gargariser de leurs petites avancées électorales. Les Paul-Marie Coûteaux, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau, etc., sans oublier leurs obséquieux adjoints, ils se gargarisent de leurs petits gains et se rêvent tous, sinon calife à la place du calife, au moins en possession d’un maroquin ou d’une de ces fructueuses places dans une prestigieuse institution républicaine. Et pour pouvoir y prétendre, ils doivent tous tenter leur chance, essayer d’obtenir le meilleur résultat possible, précieux sésame qui leur permettra de négocier au mieux de leurs intérêts les voix obtenues.

Il n’y a pas si longtemps que cela, on parlait du bien, de la vérité, de la morale, de la tradition. Il s’agissait-là de vertus, de principes communs à l’ensemble des Français. Aujourd’hui, chacun avance proclamant défendre ses valeurs, ce qui, au passage, laisse entendre qu’elles ne sont pas celles des autres. L’emploi du terme « valeurs » n’est pas anodin, il renvoie à l’idée d’évaluation, d’échange, de cotation, de négociation. Alors que vertus et principes sont choses intangibles, les valeurs ouvrent la porte à ce relativisme qui permet les maquignonnages d’arrière-cour de chaque entre deux tours. Ce n’est guère flatteur, mais tel est le portrait de l’homo républicanus simplex, qu’il soit de gauche, du centre, de droite.

Accéder au pouvoir, municipal, départemental, régional, national, est la récompense d’une compétition acharnée qui nécessite des moyens financiers importants, qui repose sur une armée de militants bénévoles qui forment la base de la clientèle de chaque candidat. Pour arriver, il ne faut pas avoir été avare de son temps, de son énergie. Le pouvoir, de moyen nécessaire pour assurer la coordination de la diversité des vocations sociales en vue d’assurer le bien commun, l’harmonie de la nation, la grandeur de la patrie, est devenu un but en soi. Des trésors de duplicité sont mis en œuvre pour parvenir à, enfin, l’avoir en sa possession. Les plus habiles se voient affublés de la douteuse appellation « d’animal politique », de « killer », qui en dit long sur les qualités nécessaires pour se hisser au-dessus de la masse des prétendants. Et pour atteindre ce but, point n’est besoin d’avoir une conscience claire de ce qui doit en être fait. Les quatre dernières mandatures en sont l’illustration, faites de valses hésitations, de reniements, de pitoyables cafouillages. Alors qu’autrefois il était une charge, et ce mot lourd de sens n’a pas été choisi en vain. Être le juge suprême qui a pour mission de maintenir chaque groupe social et chaque citoyen dans son droit afin d’harmoniser les activités de la nation, faire preuve d’autorité, c’est à dire d’être une puissance créatrice, qui fait croître, qui valorise, qui fait progresser, qui pousse à agir, est une tâche harassante qui ne peut que s’exercer avec humilité, sens du devoir. Toutes choses qui n’existent plus à notre époque rongée par le paraître et l’envie.

Je veux bien croire qu’il existe encore des hommes sincères et désintéressés qui croient que l’honneur, la rigueur, sont des vertus cardinales et qui entrent en lice avec pour seule et unique motivation le bien de la patrie, mais ils seront broyés par le système et jetteront l’éponge comme Philippe de Villiers. Je veux bien croire que pris individuellement, tous les dirigeants des diverses formations souverainistes sont mus par de sincères convictions. Mais la réalité est là et elle est incarnée par la république dont l’essence est créatrice de division et non d’unité.

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16 réflexions sur “En réponse au dernier billet de Marc Leroy

  1. Je n’ai – hélas ! – pas grand chose à redire face au constat sans illusions que tu dresses de notre « démocratie représentative »… même si nous n’appelons pas forcément de nos voeux les mêmes solutions politiques, si nous n’avons pas en tête le même « régime idéal » susceptible un jour de redresser la France, nos analyses navrées se rejoignent forcément, car notre amour pour notre pays est de la même chair, et le spectacle politique que nous avons sous les yeux est plus qu’éloquent…

    Je partage sur le fond ton pessimisme quant à un hypothétique succès de ma modeste initiative « citoyenne » à venir, concernant les têtes de gondoles des partis souverainistes auxquelles mon appel va notamment s’adresser. Comme disait Cyrano : « Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non, non c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! ». Il n’empêche qu’il me semble donc tout à fait nécessaire de tenter le coup, pour au moins deux raisons :

    1) il faut obliger tous ces « héros du patriotisme » autoproclamés soit à prouver par un acte fort leur engagement réel au service de la France, soit à tomber le masque politicien, et cela publiquement. Je pense plus particulièrement (comme toi) à NDA…

    2) il faut, par delà ces chefs de partis souvent microscopiques, essayer de convaincre surtout leurs électeurs de rejoindre un vote commun le plus large possible, afin d’avoir une chance de faire enfin un peu bouger les lignes.

    Je ne me fais (comme toi à nouveau) pas beaucoup d’illusions sur les réelles motivations qui pourraient amener les uns ou les autres à finalement rejoindre ce rassemblement souverainiste… mais même si le seul ressort d’un possible ralliement devait être le sens du ridicule affiché en place publique en cas de refus, cela vaudrait à mon sens de tenter le coup ! Il faut donc essayer !

    Nous sommes en République… tu le regrettes plus que moi, mais je ne suis pas sûr que la royauté à laquelle tu aspires et dont nous avons souvent discuté (qui n’aurait pas trop de mal à rencontrer mon assentiment, tu le sais) puisse jamais exister dans le monde d’aujourd’hui. Je sais bien ce que tu vas me répondre, mais quand on contemple les royautés européennes de notre époque… on cherche en vain ce qui les distinguerait – en bien – de notre propre régime politique ripoublicain : mariage gay, euthanasie des enfants, GPA, légalisation des drogues, communautarisme… les royautés anglaise, belge, espagnole ou batave n’ont vraiment rien à envier en matière de déliquescence morale et sociétale à notre république maçonno-ploutocratique (je sais, je fais dans le pléonasme !). Elles ont même été souvent bien plus loin dans le nihilisme sociétal de la marchandise que la République Française : manipulation du vivant en Grande Bretagne, euthanasie des enfants en Belgique, blasphème et attaques contre la chrétienté en Espagne, prostitution et drogues aux pays-Bas, etc.! Si l’on applique le principe de réalité, il nous faut donc agir das le cadre politique qui est le nôtre. Et paix aux hommes de bonne volonté !

    Pour finir, merci des gentilles choses que tu dis sur moi au début de ton billet : tu sais, je l’espère, et il n’y a en tout cas pas d’inconvénient à le préciser ici plus que clairement, que j’en ai tout autant à ton service !

    Amitiés nauséabondes, et très joyeuses fêtes, à toi et à tous ceux qui te sont chers !

    Marc

    Aimé par 1 personne

    • Ah mais je suis de tout cœur avec toi, et je trouve que ton heureuse initiative civique est salutaire. J’espère qu’elle aura le succès qu’elle mérite et qu’elle sera relayée le plus largement possible. Tenter de pousser les hommes à oublier leurs petites différences, leurs égoïsmes mesquins pour se retrouver autour de l’essentiel, l’amour de la France, la volonté de la voir retrouver sa pleine et entière souveraineté, est un but noble fondé sur des vertus et principes anciens dont la valeur n’est plus à démontrer. Seulement voilà, je crains que le désintéressement ne soit plus de mise aujourd’hui. Lorsque je les observe tous, se vanter de leurs petits gains de quelques milliers de voix, je ne vois que des types qui, comme beaucoup de nos contemporains, fonctionnent sur le paraître et non sur l’être, qui imaginent aussitôt, comme la Perette de la fontaine, les gains futurs qui leur permettront d’établir leur position.

      En tous cas, bravo pour ce billet de bon sens. Je te souhaite un joyeux et saint Noël, ainsi qu’à ta famille et à tous ceux qui comptent pour toi.

      Amitiés royalistes.

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  2. Je recommande la lecture de « note sur la suppression générale des partis politiques » de Simone Weil.
    Puis la lecture de l’article 4 de la constitution.

    Puis de réfléchir.

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  3. Pingback: Dissidences… | La Mouette rieuse

  4. « Je veux bien croire qu’il existe encore des hommes sincères et désintéressés… » J’en suis là, je veux bien croire, encore… En pure perte ? je ne sais pas, je suis un incorrigible optimiste. Enfin, presque tout le temps.
    Je crois en la République ( pas celle que nous subissons aujourd’hui ), je crois en ses valeurs faute de connaître mieux.
    Encore une fois, Joyeux Noël

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  5. On peut être monarchiste et « aristocratiste » de cœur comme de raison sans pour autant demeurer aveugle envers les monarchies Européennes qui ont renoncé à être elles-mêmes (Grande Bretagne comprise). Le système Soviétique a paradoxalement lieux préservé la Russie actuelle du consumérisme matérialiste, hédoniste, du mariage gué, de la dénatalité, de la perte de repères et d’idéaux de vertu que les systèmes soi-disant monarchiques Espagnols, Belges, Danois…

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