Les nazis sont de retour, et ils viennent de loin

Iron sky affiche

Iron Sky est un petit film, sorti en 2012, particulièrement futé et réjouissant. Production finlando-germano australienne à petit budget (7,5 millions d’euros), il reprend tous les codes des films américains de série B et Z des années 60, l’esprit de Rod Serling n’est pas loin. Bien évidemment, le rôle des méchants est tenu par des nazis revanchards qui attendent leur heure depuis 1945. Mais sous couvert de divertissement, le film écorche les travers de notre époque post-moderne. La démocratie, notamment celle des USA, censée triompher et apporter le bonheur à l’humanité entière, est dépeinte comme un rideau de fumée destiné à masquer la prétention hégémonique des américains, leur rapacerie, leur cynisme, et leur manque de vue à long terme qui les pousse à s’allier à n’importe qui, en fonction de leurs intérêts du moment au mépris des possibles conséquences. L’ONU est également  joyeusement égratignée, dépeinte comme une institution sans pouvoir, théâtre d’ombres chinoises où les dés sont pipés, où les délégations ne sont là que pour la galerie puisque les États-Unis mènent le jeu. Les traités internationaux sont montrés pour ce qu’ils sont, des torchons de papier, car ils ne sont pas respectés par les signataires.

Le réalisateur, finlandais, Timo Vuorensola, s’amuse comme un petit fou iconoclaste. Et avec talent de surcroît, car là où grosses productions américaines alignent des centaines de millions de dollars, les effets spéciaux d’Iron Sky font aussi bien avec bien moins d’argent. Les combats spatiaux sont de toute beauté. Vuorensola aligne les hommages à certains films avec bonheur et intelligence. Les cinéphiles reconnaîtront des clins d’œil à La Chute, Dr Folamour, Terminator 3, Apocalypse Now. Sur le plan visuel le sujet a été travaillé. Les vaisseaux spatiaux nazis ressemblent furieusement à ceux du supposé projet Haunebu II qui devait sceller l’hégémonie du Reich sur la planète. Les zeppelins spatiaux n’ont rien à envier au Hindenburg, à ceci près qu’ils ont pour mission de semer la mort en vomissant des dizaines de vaisseaux d’attaque. Quant à l’arme secrète ultime, le super-vaisseau Götterdämmerung (Crépuscule des dieux), elle célèbre le goût des nazis pour les armes surdimensionnées. Visuellement, l’image a un aspect suranné, désaturé qui n’est pas sans rappeler Capitaine Sky et le monde de demain. Quant au jeu des acteurs, il est volontairement outrancier, calqué sur celui des acteurs des petites productions des années 60.

spoiler inside

En 2018, la démagogie règne en maître, démocratie oblige, d’autant que la présidente, Sarah Palin, est en campagne pour sa réélection. Une expédition spatiale ayant pour mission d’atterrir à nouveau sur la lune est envoyée, à son bord, un afro-américain. Le slogan de campagne : « Black to the moon ? Yes, she can ! »

black-to-the-moon

Mais il y a un hic, la lune est occupée. Les astronautes découvrent une base construite par les nazis.

Iron sky - base lunaire

Ces derniers zigouillent le commandant, détruisent le module lunaire et capturent le survivant, loin de s’imaginer qu’il s’agit d’un afro-américain nommé  Washington (clin d’œil cliché au hollywoodien). Pendant ce temps-là, dans une salle de classe, la jolie fraulein Renate Richter fait la classe à de beaux et jeunes aryens, leur vantant les bienfaits du national-socialisme.

Iron-Sky-Nazi-School

Quant au père de la jeune femme, Herr Doktor Richter, prototype du savant fou, il se voit confier la mission d’étudier le prisonnier et surtout d’apprendre tout ce qu’il sait, notamment les plans d’invasion de la lune par les USA. Au cours de l’interrogatoire, il tombe sur le smartphone de Washington, comprend qu’il est des centaines de fois plus puissant que son ordinateur qui n’a rien à envier à celui du projet Manhattan. Manque de pot, les batteries sont presque vides et l’arme secrète ne peut pas décoller. Le  Schutzstaffel Obergruppenführer Klaus Adler est envoyé sur terre par son führer, accompagné de Washington dont le cerveau a été lavé et la peau blanchie, pour ramener un de ces appareils qui permettra la reconquête de la terre (ce sera un i-pad), et de Renate dont la naïveté va servir ses desseins. Arrivé à bon port, il va s’allier à la directrice de campagne (nymphomane) de la présidente Palin pour arriver à ses fins, non sans collaborer à l’élaboration de slogans de campagne qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’an 1933.

Iron-Sky-Nazies

Trois mois ont passé, Klaus Adler toujours sur terre, jouit des bienfaits de la société de consommation ainsi que des charmes de sa sulfureuse conquête. Durant ce laps de temps, lui est venue l’envie de devenir führer à la place du führer. Sauf que ce dernier est venu se rappeler à son bon souvenir et entend bien le faire passer par les armes pour trahison. Quelques rafales plus tard, il a liquidé son chef et est salué par le pilote de vaisseau survivant d’un vibrant « Heil Adler ». Nanti d’un i-pad, il repart sur la lune, prépare l’invasion de la terre et lance vers la planète une flotte composée de Zeppelins modifiés crachant sur New-York des vaisseaux d’attaque Vril Andromeda et Haunebu II.

Iron-Sky-Valkyries1

La présidente des USA voit là sa chance, tous ses prédécesseurs qui ont eu à faire face à une guerre ayant été réélus, elle lance la riposte sur terre et dans l’espace en dévoilant le super-vaisseau de guerre spatiale baptisé USS George W. Bush. À l’ONU les nations ignorant tout des nazis lunaires se disputent, se renvoyant la paternité de l’attaque, chacun niant y être pour que quelque chose, jusqu’à ce que le délégué de la Corée du Nord se lève et revendique l’attaque, allant même jusqu’à préciser que les vaisseaux ont été dessinés par le grand Kim Jong-Un. Hilarité générale, jusqu’à ce que la présidente révèle la vérité. Le combat s’engage et de nouveaux vaisseaux viennent prêter main-forte au vaisseau américain, ce qui déclenche la colère de la présidente qui rappelle que des traités de non-prolifération avaient été signés. Un délégué moyen-oriental envoie à l’adresse de la présidente « vous n’avez pas tenu la vôtre », ce à quoi elle rétorque « on ne la tient jamais, c’est notre marque de fabrique ».

space ships

Pendant ce temps, Renate et Washington sont repartis sur la lune afin de faire échouer les plans d’Adler. L’i-pad ramené de la terre est branché au Crépuscule des dieux, la bête décolle et commence à flanquer la pâtée à la flotte terrestre. Pendant ce temps, l’USS George W. Bush envoie des bombes sur la base nazie, en dépit du fait qu’un officier de pont précise qu’elle abrite également femmes et enfants (les USA ne négocient pas avec les terroristes). Après moult péripéties, Adler est neutralisé, le super vaisseau détruit,  Renate et Washington se retrouvent dans les décombres de la base. Sur terre, des images montrant les stocks d’hélium 3 sont vues par les délégués à l’ONU, chacun réclame alors sa part. Refus des américains (ça c’est à nous) qui revendiquent la propriété du satellite, ce qui déclenche une bagarre générale dans l’enceinte de l’ONU. Le secrétaire d’État ordonne au George W. Bush de défendre les stocks d’hélium 3 quitte à détruire les vaisseaux des autres nations. Pendant que les vaisseaux spatiaux se détruisent mutuellement, les nations tirent leurs missiles nucléaires dans un magnifique final digne de Terminator 3.

iron sky end

Visiblement, l’avenir de la race humaine appartient aux nazis survivants de la base lunaire.

*     *     *

Mais l’aventure ne s’arrête pas là. L’an prochain, Iron Sky 2 sortira sur les écrans. Le scénario explorera la terre intérieure, ce mythe qui poussa Hitler, fasciné par l’occultisme, à envoyer des expéditions un peu partout dans le monde, jusqu’au Tibet pour tenter d’en trouver l’accès.

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6 réflexions sur “Les nazis sont de retour, et ils viennent de loin

    • Signe qui ne trompe pas, Iron Sky n’a pas été projeté en salle, il a du se contenter de la sortie en DVD. Je suppose que les distributeurs ont plié suite à la polémique qui a eu lieu en Allemagne lors de la sortie sur les grands écrans teutons.

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    • Je dirais que c’est plutôt un film de série B, à cause de son budget qui n’est pas ridicule et de la qualité des effets spéciaux. En revanche, il est vrai qu’il reprend les codes du nanar, ce qui en fait tout le sel. Si il est vrai qu’il ne se prend pas au sérieux, il n’en reste pas moins vrai qu’il montre en forçant le trait la saloperie d’un gouvernement à prétention impérialiste, l’inutilité de l’ONU, etc. Un film joyeusement iconoclaste.

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