Le Doubs est Charlie, mais de justesse

48,54% des scrutins exprimés pour la candidate du Front National. Il y a des défaites qui ont des allures de victoires. Car quoi, voilà un candidat socialiste qui l’emporte de justesse après avoir reçu par deux fois le soutien du premier ministre, du ministre de l’Intérieur, du président de la république, pourtant censé être haut dessus des partis, chef impartial de tous les Français. Le Front National a perdu de justesse, seul contre tous, face aux soutiens des écologistes, de l’UDI, de l’UMP, du MoDem, du Front de gauche. Je suis tenté de penser que la montagne a finalement accouché d’une souris.

Quant au vainqueur de justesse, le moins que l’on puisse dire c’est que le Parti Socialiste ne risque pas de lui dire merci, car son discours risque de faire grincer pas mal de dents. Ce laïus a sonné comme un désaveu de la politique conduite par le gouvernement depuis la victoire de 2012. Comme une remise en cause de la politique fiscale qui frappe les petits salaires et les classes moyennes qui n’en peuvent plus de cette pression fiscale qui mène au déclassement. Comme une remise en cause du système qui offre toujours plus de privilèges à ceux qui ont réussi à faire leur trou dans le fromage républicain. Comme une critique du féodalisme politique qui bloque la vie politique locale, qui se sert de la pseudo-décentralisation pour en contrer les effets et asseoir les présidents de conseils généraux et/ou régionaux qui se trouvent généralement à la tête des fédérations locales de leurs partis.

Après cette élection, les choses sont claires, la démocratie est morte. On s’en doutait, mais là c’est devenu évident aux yeux de tous. Les soi-disant clivages qui feraient que les droites et les gauches sont inconciliables ne sont en fait que du vent. Tous ces beaux messieurs s’entendent comme larrons en foire pour piper les dés afin de ne pas avoir à partager le pouvoir, risquer de perdre leurs places. C’est certainement plus cela l’esprit Charlie du 11 janvier, l’unité pour tenter d’empêcher l’expression du choix des électeurs par des unions présentées comme étant contre nature, alors qu’en fait il s’agit d’un syndic de copropriété de coquins. Encore un peu et nous les verrons prôner l’union nationale à la suédoise, et là, nous saurons à quoi nous en tenir.

Clairement, il n’y a rien à attendre des élections, rien de bon ne peut sortir des urnes. Depuis 1981, les électeurs ont fait confiance à la gauche, à la droite, ils ont même essayé la cohabitation, en vain. Pas un seul parti de gouvernement n’a fait quoi que ce soit pour sortir véritablement le pays de l’ornière. Le déficit du budget n’a cessé de croître, la dette extérieure de se creuser au point de ressembler à un gouffre sans fond, le chômage est devenu « structurel » pour se transformer en lèpre. Quel gouvernement a vraiment tenter de freiner, à défaut d’inverser la tendance, la désindustrialisation de la France ? Quel gouvernement a entrepris de mettre un frein à une immigration incontrôlée, tout comme la politique de naturalisation ? Quel gouvernement s’est attelé à la difficile tâche de rétablir l’ordre dans les banlieues, l’autorité à l’école ? Pas un seul, tous mauvais. Ce qui ne les empêche pas de prétendre qu’ils sont les seuls recours possibles, en dépit de leurs échecs retentissants.