L’asile d’aliénés

La mémoire est un don fait à l’Homme qui peut, selon les circonstances, faire son malheur ou être une bénédiction. Pour ma part, j’ai toujours eu la faiblesse de croire qu’elle appartient à la seconde catégorie. J’en veux pour preuve le billet ci-dessous qui n’est pas de moi, mais d’un vieil ami blogueur que j’ai connu dans une autre vie, et qui a  maintenant une bonne douzaine d’années (le billet, pas le blogueur) :

Étymologiquement, l’aliéné (alienus) est celui qui appartient à un autre. La société d’aliénés intégrale, c’est ce vers quoi tend l’idéal socialiste : tout le monde appartient à tout le monde, et personne ne s’appartient.

Le paysan appartient à l’artiste puisque ce dernier a des droits sur le fruit du travail du paysan : lorsqu’il ne travaille pas, l’artiste vit du travail du paysan (du travail confisqué par l’impôt et arbitrairement reversé sous forme d’allocations pour intermittent du spectacle). Mais dans le même temps, le paysan possède le médecin (consultations médicales accaparées par l’impôt, impôt qui subventionnera l’agriculture). Et le médecin possède à son tour le coiffeur : le médecin vit de l’Assurance-maladie à laquelle est contraint de cotiser le coiffeur. Et le coiffeur possède ceux qui ont payé pour la rénovation du quartier où se trouve son salon (M. le coiffeur a des relations au Conseil municipal). Et cætera.

La complexité et le nombre des interactions aliénantes imposées par la violence de l’impôt sont tels qu’il est en pratique impossible au quidam de savoir par qui il est possédé, dans quelle mesure il est possédé, qui il possède et dans quelle mesure il possède. Car l’aliénation étatique a pour véhicule l’argent, que l’argent est indiscernable de l’argent, qu’il est impossible de savoir à quoi ont servi exactement les impôts de Pierre, comme il est impossible de savoir quelle est la personne qui a payé l’allocation-logement de Paul. L’aliénation est à ce point noyée dans les entrelacs de l’argent de tous arbitrairement confisqué à tous que personne ne peut rien en démêler. Et c’est bien pour ça que ça marche : on peut toujours s’imaginer qu’à ce petit jeu-là, on est gagnant au change ; et oublier que ceux qui gagnent à tous les coups sont les mafiosi de l’État.

Tout porte en effet à croire n’importe quoi quand plus personne ne vient dire ce qui a de la valeur. Revenons à notre ami l’artiste : quelle idée peut-il avoir de sa valeur auprès des hommes alors qu’il est payé la moitié de l’année par des gens qui ne vont pas le voir, l’autre moitié de l’année payé à ne rien faire ? Sa valeur première, distraire et enchanter les gens, est depuis longtemps oubliée, seule subsiste une valeur monétaire artificielle qu’a fixée un jour un décret ministériel.

Et un professeur ? Que peut-il savoir de sa valeur auprès des autres quand l’exercice de son métier a été confisqué par une Éducation nationale, quand le contenu de ses leçons a été établi par une commission qui lui est étrangère, quand il est obligatoire d’assister à ses cours, quand son talent à instruire est le cadet des soucis d’à peu près tout le monde ? Il ne sait rien d’autre que ce qu’il peut lire dans la grille salariale des professeurs de son grade, de son échelon, de son ancienneté. Sa valeur professionnelle, l’estime qu’on lui porte pour son travail se réduit à un indice artificiel imposé par décret.

Tout est argent, indice, taux, chiffre, coefficient. C’est le monde froid des monstres froids qui dirigent l’asile d’aliénés national. C’est le labyrinthe des corridors glacés de l’hôpital psychiatrique républicain où les hommes abandonnent ce qui leur reste d’humanité.

Le socialisme est la société d’aliénés intégrale. L’homme y est un loup pour l’homme, c’est à celui qui tirera les plus beaux dividendes de l’oppression fiscale. L’argent est le maître du jeu, la valeur ultime : il se substitue aux liens naturels entre les hommes. Le socialisme n’apporte pas plus d’humanité, il en enlève. Il n’ajoute pas du spirituel au matériel, il transforme le spirituel en matériel. De sentiment, la solidarité devient argent ; de sentiment, la compassion devient argent. On me vole mon argent (puisque je subis l’impôt), donc on me vole mon travail et mon temps (ce temps et ce travail consacrés à gagner l’argent qu’on me vole). On vole aussi mes projets, mes aspirations, mon existence, les existences de ma femme et de mon enfant. La transmutation de ma vie, dans ce qu’elle a de plus essentiel et de plus spirituel, en billets de banque. Pire : en billets de banques dont je ne jouirais pas moi-même, et qui seront sans doute utilisés à me confisquer plus de vie encore par le biais d’une nouvelle et infernale machination d’État broyeuse de liberté.

Je veux quitter l’asile d’aliénés, je veux quitter l’affreuse procession des lemmings qui bascule dans l’abîme, je veux qu’on m’ôte enfin cette saleté de camisole !

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