Rome en tant qu’objectif

rumiyah

Rome, tel est le titre du dernier magazine de l’Etat Islamique en Irak et au Levant. Pour saisir l’infléchissement de la communication de l’EIIL que représente ce nouveau périodique, il faut avoir à l’esprit que l’islam, comme un certain nombre de religions, a une vision eschatologique du monde, c’est à dire un discours sur la fin des temps. Pour l’islam, le combat final (contre les forces impies de l’Occident) doit se livrer en Syrie, plus particulièrement autour de la ville de Dabiq, qui se trouve être le titre du premier magazine de l’EIIL. Ce combat est important car il ne faut pas perdre de vue que pour l’islam, la paix interviendra dans le monde qu’une fois que tous les peuples se seront convertis à la seule et vraie religion. Le décor était donc planté, il s’agissait à travers cette publication de montrer aux musulmans du monde entier que les disciples du nouveau calife entraient dans un combat sacré destiné à abattre les frontières arbitraires imposées par les croisés au moment des accords Picot-Sykes, mais également à rendre aux musulmans un lieu dont ils étaient dépossédés puisque placé sous l’autorité du gouvernement athée de Damas.

Puis vint Dar al-Islam, dont le but, à travers des articles élogieux sur les « réussites » du califat, tant sur le plan économique, que social et militaire, de susciter dans les pays occidentaux des vocations. La France a été notoirement visée par des articles stigmatisant le système éducatif républicain français, la laïcité républicaine,. Puis vint un numéro spécial sur l’attentat du Bataclan avec force illustrations. Plus professionnel en termes rédactionnels, les « pigistes » de Dar al-islam ont su piquer çà et là des passages d’auteurs et intellectuels français comme Michel Onfray et Marc-Edouard Nabe pour étayer leurs délires.

Depuis plusieurs mois la donne a changé sur le terrain. L’entrée en guerre de la Russie qui appuie l’armée syrienne a donné de bons résultats, et les troupes de l’EIIL reculent. Pendant ce temps-là, les Etats-Unis et la France préfèrent la jouer perso, se contentant de frappes aériennes dont les résultats… ne sont pas révélés au public (on se souviendra que Clinton faisait bombarder des camps d’entraînement terroristes… vides). Étrange non ? Mais bon, ne boudons pas notre plaisir et revenons à notre dernière livraison du califat. Nous en sommes à la troisième publication, et elle montre le changement de stratégie qui est en train de se mettre en place, pour le cas où cela vous aurait échappé. Nous sommes passés de Dabiq, c’est à dire la justification du combat, à Rumiyah (Rome, c’est à dire l’Occident), c’est à dire l’objectif a abattre clairement désigné, puisque le combat est de plus en plus difficile à mener en terre d’islam. L’appel a changé de nature. Il n’est plus question d’inciter les futurs djihadistes à partir rejoindre les rangs du califat, mais de combattre dans les pays où ils vivent. Et la rhétorique est en tous points fidèle à bon nombre de versets du Coran : ainsi, page 36 : «Le sang des infidèles vous est licite, alors répandez-le»,  plus loin, toujours dans la même page : «Cela inclut l’homme d’affaires roulant vers son travail en taxi, les jeunes adultes (« enfants » post-puberté) en train de faire du sport dans un parc et le vieil homme faisant la queue pour acheter un sandwich. Et en effet, même le sang de l’infidèle vendant ses fleurs aux badauds dans la rue derrière son étal est bon à répandre.» Et pour que ce soit bien clair, on y loue, à travers plusieurs articles, les mérites, l’esprit de sacrifice, de certains shahids (martyrs), australiens notamment.

La 38ème et dernière page, comme c’est généralement le cas dans les autres publications, est occupée par un cliché pleine page destiné à illustrer quelques lignes de texte placées en bas de page. Pour ce premier numéro, il s’agit, sous une forme résumée, de ce hadith :

« Ibn Qattâl rapporte : « Nous étions chez ‘Abdallah ibn ‘Umar (rama) quand quelqu’un lui demanda : Laquelle des deux villes, Rome ou Constantinople, sera-t-elle prise en premier ? ‘Abdallah se fit alors apporter un coffre muni d’un anneau, dont il tira un écrit ainsi rédigé : « Nous étions chez l’Envoyé d’Allah (paix et bénédiction de Dieu sur lui), quand on lui demanda : Laquelle de ces deux villes, Rome ou Constantinople, sera-t-elle prise en premier ? L’Envoyé d’Allah (paix et bénédiction de Dieu sur lui) répondit : C’est la ville d’Héraclius, c’est-à-dire Constantinople, qui sera prise la première. »

Pour comprendre le message, il faut se reporter à la citation placée juste sous le titre, en une de couverture : « Ô Monothéistes… Annoncez la bonne nouvelle…Par Allah, nous ne reposerons du Djihad qu’une fois à l’ombre des oliviers de Rome. » Il s’agit d’une phrase extraite du discours lancé le 10 novembre 2006, par le Sheikh Abu Hamza Al Muhajir (mort en 2010), qui était l’Émir d’Al Qaïda en Irak, avant de faire allégeance au califat. Comment ne pas voir dans le rappel de ce hadith un avertissement lancé à la Turquie qui a changé son fusil d’épaule en fermant, plus ou moins efficacement, les voies qui permettaient au pétrole du califat d’être vendu au marché noir ? En clair, si la Turquie s’entête à prendre le parti des croisés, elle subira le même sort que les pays des roumis : attentats sanglants commis par des cellules ou des individus isolés.

Le magazine est diffusé en plusieurs langues : français, russe, anglais, allemand, indonésien, turc, et bien évidemment en arabe. L’objectif est non seulement de toucher le plus grand monde possible, mais également de placer le califat comme la seule réelle autorité, religieuse et politique, du monde musulman, puisqu’il est le seul à s’adresser ainsi à l’oumma (communauté des croyants).

Problème, nous avons au moins six millions de musulmans qui vivent sur notre sol, sans compter les migrants légaux et illégaux. Comment peut-on faire la différence entre un musulman dit modéré et un radicalisé ? Si tant est que cette distinction puisse avoir un sens, autre problème. En effet, l’islam sunnite, le plus représenté au niveau mondial, mais aussi le plus fécond en groupes terroristes, n’a pas de clergé hiérarchisé. Tout au plus il reconnaît l’existence de docteurs de la foi, mais leurs avis ne sont que consultatifs et n’ont pas valeur de prescription. Le Coran est un livre incréé en ce qu’il aurait été transmis directement d’Allah au « prophète » par l’entremise de l’ange Djibril (Rouf al-Qudus, esprit de Dieu). Puis qu’il est parole divine, rien ne peut lui être ajouté ou retranché, et a fortiori il est inconcevable que des hommes puissent en interroger le sens comme le font les exégètes juifs et chrétiens. Il est même illicite de le traduire, la parole d’Allah est claire sur ce point : «Nous l’avons fait descendre, un Coran en langue arabe, afin que vous raisonniez. » (Sourate 12/verset 2), mais également : « En une langue arabe très claire. » (Sourate 26/verset 195). De fait, on peut faire deux lectures de ce texte : une lecture relativement pacifique fondée sur les versets de la période mecquoise, et une autre, littérale, celle des salafistes, fondée sur les versets de la période médinoise. Et merveille de l’islam, ces deux lectures sont aussi légitimes l’une que l’autre.

Enfin, mis à part quelques rares intellectuels arabes, on ne se bouscule visiblement pas au portillon pour condamner ouvertement et fermement les attentats et autres massacres commis par les sicaires du califat. On ne me fera jamais croire que personne dans les quartiers, l’immeuble, dans lequel vivaient les Merah, Abdeslam, Abaoud, Kouachi, Coulibaly, etc., ne savait ce que ces individus étaient et donc prévoyaient. Pour avoir vécu 14 ans dans une ville de banlieue bien pourrie, aux abords des cités les plus chaudes du coin, je peux affirmer sans trop me tromper que tout se sait, avec plus ou moins de précision il est vrai, mais surtout que tout se tait. Par peur des représailles certainement, mais aussi par une sorte de solidarité religieuse et ethnique, car on ne trahit pas un frère.

Se pose alors la question de ce qui doit être fait. Au même titre que pour le soldat en opération au moyen-orient, comment le civil qui vit dans un quartier cosmopolite, le policier qui y travaille, peut-il faire la différence entre le « bon » musulman dit modéré, et le vilain radical ? Ils lisent le même livre, s’habillent peu ou prou de la même façon, parlent la même langue, etc. Nous vivons depuis des mois en état d’urgence, mais voyons-nous pour autant le pouvoir mettre en place des mesures exceptionnelles ?

Des centaines (milliers ? bien malin qui peut le dire) de fichés S continuent de vivre normalement, y compris de travailler dans des secteurs sensibles, sans que cela ne semble déranger grand monde. La sécurité des citoyens est tellement bien assurée qu’un terroriste assigné à résidence, obligé de pointer quatre fois par jour au commissariat ou à la gendarmerie, a réussi à se faire tranquillement la belle. Ce n’est pas en répétant, en affichant un air martial et résolu, que nous sommes en guerre, que la sécurité de nos concitoyens sera assurée, mais en affrontant la réalité : nous faisons face à un ennemi intérieur.

Ceux qui tuent les nôtres, ou qui tentent de le faire, possèdent pour la plupart d’entre eux une carte nationale d’identité qui leur a été délivrée par cette république qui s’obstine à considérer que l’on est français dès lors que l’on est né sur le sol de notre pays. D’ailleurs, la république se refuse à prendre le taureau par les cornes et continue de rêver sur son petit nuage. J’en veux pour preuve cette phrase de Moi Président tirée de son discours dit de Wagram : « Je l’affirme ici, tant que je suis Président de la République, il n’y aura pas de législation de circonstance, aussi inapplicable qu’inconstitutionnelle. […] Ce qu’il nous faut réussir, c’est la construction d’un islam de France. » Comment être plus aveugle que cela ? Comment être à ce point ignorant des réalités de l’islam au point de croire qu’il peut s’accommoder de nos lois ? La vraie nature de cette soi-disant religion est médiévale, et l’islam refuse de toutes ses forces tout ce qui ne vient pas de son livre saint. L’Afghanistan,  la Turquie, l’Iran, l’Irak, la Libye, etc., pays qui ont connu des gouvernements laïcs qui protégeaient les droits des femmes, vivent aujourd’hui sous la botte de l’islam. Les femmes ont été obligées de quitter leur travail et de réintégrer le foyer familial. Elles ne peuvent plus étudier et ne peuvent pas sortir seules de leur maison, devenue prison. Et bien entendu, elles ont été obligées de se débarrasser des jupes, chemisiers, et autres vêtements non islamiques pour adopter une tenue, « empaquetante », autrement plus seyante et agréable à porter sous ces latitudes où le soleil frappe sans pitié. Qui peut croire qu’une supposée religion qui bannit la musique, et les arts en général, qui prône l’asservissement de la femme, la soumission du monde à ses préceptes, puisse accepter de se plier aux lois d’un  régime politique est assez stupide pour réfuter en bloc l’héritage culturel, religieux, ethnique du pays dans lequel il sévit ?

La réalité c’est que le terrorisme islamique n’est en fait qu’un symptôme parmi d’autres, et que le virus n’est autre que la république. Le jour où les Français auront compris cette vérité, un grand pas vers le salut aura été fait.

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Une réflexion sur “Rome en tant qu’objectif

  1. Qu’est-ce que vous entendez par république ? Si c’est le contraire de la monarchie, alors il faut bien constater que l’islam infecte aussi la Grande-Bretagne, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Thaïlande… tous pays avec une monarchie à leur tête. Si c’est le contraire de la démocratie, alors il faut bien constater que l’islam infecte aussi des pays autoritaires mais proches du modèle occidental, comme la Turquie ou la Russie.

    Et bien sûr, l’islam infecte aussi les pays… musulmans, qui, pour la plupart, ne sont pas spécialement démocratiques, et pour cause : l’islam vomit la démocratie et la liberté individuelle.

    D’ailleurs, si la république était responsable de l’islamisation, comment expliquez-vous qu’il ait fallu plusieurs siècles pour constater ce phénomène, non seulement en France, mais dans d’innombrables autres républiques ? Les Etats-Unis, par exemple ?

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