De la faiblesse inhérente à la république

Jean Dutourd

« L’inconvénient est que le président n’est pas héréditaire, qu’il n’est élu que par la moitié du pays et qu’il est inévitable que, le premier moment de stupeur passé, l’autre moitié, qui ne l’a pas élu, laisse éclater son hostilité à sa personne, singulièrement quand le président n’a pas fait l’effort de se hausser au dessus du parti grâce auquel il a triomphé. Il n’est pas le symbole de la patrie, mais de sa division.

Avec un roi qui est le fils de son père et le petit fils de son grand père, on évite ce genre de fureur civile. Le roi n’est pas l’élu du peuple à un moment de son histoire, mais l’élu des siècles. Son pouvoir repose sur quelque chose de beaucoup plus solide qu’une lubie du suffrage universel; il s’appuie sur ce qu’il y a de plus solide au monde : une coutume. La royauté a un côté paternel qui est exactement approprié à la fonction, et qui ne se trouve nulle part ailleurs, même pas dans une monarchie déguisée en république comme celles que nous avons. Le roi est un père, sinon éternel, du moins permanent. Le président est un parâtre, et il lui arrive ce qui arrive immanquablement aux parâtres : les enfants du précédent lit le haïssent. Ils n’ont qu’un seul désir : le chasser de la maison.« 

Jean Dutourd – La gauche la plus bête du monde (1985)

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