Dans ce monde post-moderne la solitude est une chance

Omar Sy et la décadence française

« On s’assurera sans peine que les penseurs modernes préféreront a priori, et sans aucune hésitation, dix erreurs venant de l’homme à une vérité venant de Dieu. »

Jacques Maritain

                       

Que les Français, dans la torpeur de l’été, aient élu Omar Sy leur « personnalité préférée » en dit long sur la décomposition de ce qui est devenu l’espace France. Il va de soi que je n’ai rien contre cet humoriste noir devenu acteur, « issu de l’immigration », et présenté par les dévots de l’immigrationnisme libéral-socialiste comme le fleuron de ce que peut « produire » l’intégration républicaine. Je ne crois cependant pas avoir vu un des films dans lequel joue ce Sy : cela est au-dessus de mes forces, et je ne fais pas partie de ce millier d’imbéciles choisis pour élire cet Omar qui, passé par ici, repasse donc par là. Ils ne me représentent pas, non plus qu’Omar Sy par sa race ni sa religion, moi, Français de souche qui déplore, avec beaucoup d’autres, que les « Français » sondés n’aient trouvé à élire aucun écrivain, musicien, savant, ou même homme politique. Il est vrai qu’on a échappé à Djamel Debbouze et à Yannick Noah.

            Les commissaires politiques me taxeront sans doute de « racisme ». Le racisme n’existe pas, pour un catholique, et je voue une vive admiration au cardinal guinéen Robert Sarah, dont je viens de lire avec profit le livre, Entretien sur la foi. Je n’oublie cependant pas que nous sommes en guerre et qu’élire Sy comme élixir de « personnalité préférée » revient à faire prendre ceci pour cela : la réussite d’un cas individuel masquant l’échec tragique de l’immigration de masse, et la guerre civile qui s’en est ensuivie. Nous sommes des témoins, nous qui refusons la « vérité » que la Propaganda Staffel travaille inlassablement à  reformuler. Il est vrai qu’elle a, cet été, un travail considérable avec les Jeux olympiques, les 90 ans de Fidel Castro qu’on croyait mort comme le stalinoïde cégétiste Georges Séguy et la romancière Françoise Mallet-Joris, dont il ne restera pas plus de choses que d’Anus Ernie, qui éprouve le pressant besoin de déclarer au Monde que la France est « vraiment un pays sexiste ». Il se passe aussi des choses en Corse où quelqu’un de très méchant a abattu d’un coup de fusil le chien de Guy Bedos, tandis que Le Figaro, journal socialiste de centre droit, emboîtant le pas à L’Obs, magazine gaucho-culturel (qui après le vagin a fait l’apologie de la vulve), fait longuement savoir que l’orgasme féminin est un « héritage de l’évolution », qu’on a mis au point un clitoris en 3D pour « faire tomber les tabous » (on les croyait chus depuis si longtemps qu’on se demande ce qui peut encore « tomber », si ce n’est la dignité de la femme, et la femme elle-même), et que la « révolution clitoridienne est en cours », puisque les Françaises ne sont « pas douées pour l’orgasme ». Voilà ce qu’il faut expliquer de toute urgence à nos filles, afin qu’elles se dépassent aux J.O. de l’orgasme, avec ou sans mâles, Le Figaro ne précisant pas la place de l’autre moitié de l’humanité dans le monde idéal à quoi l’orgasme mènera les femmes, avec l’antiracisme d’Etat, la théorie du genre, la « tolérance ». Peut-être songe-on à Omar Sy pour leur faire atteindre ce nirvana idéologico-physique… Il devrait essayer, dans le RER ou sur une gondole d’Auchan, avec Anus Ernie, qui n’a pas encore écrit là-dessus…

           J’écris ceci le 15 août. Le clocher de l’église est tendu d’un grand drapeau tricolore et les cloches de France sonnent à toute volée pour la République, tandis que je réfléchis au courroux d’un lecteur qui me traite d’extrémiste, voire d’intégriste, regrettant la tournure « bondieusarde » qu’ont prise ces chroniques. Voilà qui mérite une mise au point. L’AFP a récemment publié la condamnation par l’Américain John Kerry, du « génocide » mené par l’Etat islamique contre les yazidis, les chrétiens et les chiites, en Irak et en Syrie. On remarquera que les chrétiens arrivent en seconde position dans l’énumération. Le catholique Kerry dénonce justement les « actes barbares », les « tueries », la « traite d’êtres humains », les « viols et autres crimes sexuels » commis à l’encontre des « minorités religieuses et ethniques ». Le mot de « minorités » n’est-il pourtant pas employé pour noyer ce poisson qu’est le christianisme oriental, et le fait que c’est l’administration Bush qui est responsable de ce chaos? Et si la diplomatie américaine s’en prend à juste titre à l’Arabie saoudite, au Pakistan, à l’Afghanistan, au Soudan, c’est pour dire aussitôt évoquer son « inquiétude » face à la « poussée de l’antisémitisme et de l’islamophobie » en Europe. Quelle hypocrisie ! L’antisémitisme en Europe est uniquement le fait de l’immigration maghrébine et proche-orientale, qui non seulement reprend le vieil antisémitisme européen disparu (les Juifs sont riches…) mais l’articulent à une grotesque lecture du sionisme désigné comme le relais du nazisme. Savent-ils que les Juifs, dans certaines synagogues, prient chaque semaine pour la République française ? Gageons qu’il n’en va de même dans aucune mosquée.

     Quant à la prétendue islamophobie, elle est, comme le « sexisme », l’« homophobie » ou le « racisme ordinaire », une des foudres dont nous menace le parti immigrationniste : ainsi un autre sondage laisse-t-il croire, ces jours-ci (car il faut bien inverser l’émotion suscitée par l’égorgement, au nom d’Allah, du père Hamel), que les « catholiques pratiquants » sont à 45% hostiles aux musulmans. Ne sont-ce pas ces derniers qui nous haïssent, partageant cette haine avec le gauchisme culturel ? On voudra bien m’expliquer par ailleurs ce qu’est un catholique non pratiquant, sinon un être qui serait catholique parce qu’il a reçu le baptême et qui, comme pourvu d’une carte de sécurité spirituelle, se croirait quitte jusqu’à sa mort, pour laquelle il souhaite une « cérémonie religieuse », se rappelant certaines pratiques et certains vocables venus de l’Evangile qui surnagent parmi les débris de la pensée progressiste. Peut-être sa femme, qui avait prêché la liberté de son ventre et ne voulait pas être dérangée dans sa quête de l’orgasme et la lecture des œuvres croisées du Clézio et d’Ernie, a-t-elle fini, après la ménopause, par adopter, so chic ! un petit palestinien ou un refugee syrien. Ce n’est pas suffisant : le catholicisme n’est rien s’il n’est pas un engagement de tous les jours et un constant effort vers la vérité. « Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché », dit l’épître aux Hébreux. Et le Christ porteur de feu : «  Pensez-vous que je suis venu pour mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » (Luc, 12, 43). Je me suis réjouis d’entendre, tout à l’heure, à la messe, le curé évoquer dans son homélie la lecture d’un roman contemporain qu’il a trouvé bien écrit mais désespérant de néant spirituel, comme si l’auteur marchait sous un ciel vide. « Lisez plutôt Sous le soleil de Satan », a-t-il recommandé, en citant Maritain puis le cardinal de Lubac et son Drame de l’humanisme athée – hélas introuvable en ce moment.

            Certains me disent que je sur-interprète ces textes, que je les plie à une soif d’absolu et à une intransigeance dont ils se demandent si elle n’est pas simplement guerrière, donc « islamophobe », et que c’est pour cette raison que je suis seul, que la presse me passe sous silence, y compris Le Point où on ne me lit plus depuis des mois, mes amis chrétiens, même, s’éloignant. Des amis, vraiment ? Pour ce qui est de la presse officielle, j’ai appris depuis longtemps à ne plus frayer avec des gens qui se prostituent au Veau d’or mondialiste, et je fais du silence qui accueille mes livres une chance. Quant aux amis, est-ce que j’en ai encore de vrais, même chez les catholiques ? Il y a deux ans, lorsque l’Etat islamique avait conquis son territoire, j’avais, en juillet, à la demande d’un ami libanais, repoussé mes travaux en cours pour écrire un opuscule, Chrétiens jusqu’à la mort, publié quelques semaines plus tard, à Beyrouth. A mon retour à Paris, j’ai voulu parler à ces amis catholiques de ce qui se passait au Proche-Orient et dont nous aurions à subir les conséquences : pas un ne s’en souciait, plutôt intéressés par la « rentrée littéraire ». Parler de la foi est encore moins possible, même avec eux, comme si cette question relevait de l’obscène, bien plus que le vagin, le clitoris, le pénis, le « genre », et tout ce dont nous parle à longueur de temps la presse stipendiée. C’est bien là le signe de la grande inversion – sur quoi j’ai passé l’été à écrire un livre qui paraîtra bientôt aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

            C’est dire combien je suis seul, en effet, et dans une solitude que j’accepte également comme une chance : celle du témoin arc-bouté sur deux millénaires d’héritage d’Athènes et de Jérusalem. Je laisse mes prétendus amis catholiques chercher les Pokémons littéraires et lire Léon Bloy en oubliant qu’il est indissociable de l’absolu de la foi. Je continuerai à dire ce que je vois ou devine entre les lignes du grand mensonge occidental. Je serai toujours plus infréquentable.

Source : Richard Millet

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