Bonne soirée, mon cul !

Nous voilà partis pour je ne sais combien de jours d’hystérie collective autour de onze types en bleu qui vont pousser la baballe avec leurs pieds. La bière va couler à flot, les livreurs de pizzas vont encombrer les rues des nocturnes pétarades de leurs scooters mal entretenus. Les mastroquets sont en train de se remplir d’une foule hétéroclite dans laquelle on peut voir des gugusses portant perruque bleu-blanc-rouge, ou les joues balafrées par trois traits d’un maquillage tricolore. A chaque but marqué nous allons devoir subir les hurlements bestiaux de nos voisins, et si par malheur l’équipe de France gagne un match, les cons sortiront leurs bagnoles pour se répandre dans les villes en klaxonnant. Sur ce, je laisse la place à Pierre Desproges qui exprime mieux que moi tout le mépris que ce sport m’inspire :

 » Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j’entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu’ils existent, subissent à longueur d’antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l’honneur minuscule d’être champions de la balle au pied.

Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s’abaisser à jouer au football.

Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football? Quelle harmonie, quelle élégance l’esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints.

Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester publiquement sa libido en s’enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grands coups de pattes grasses et mouillées, en hululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d’usine? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois?

Je vous hais, footballeurs. Vous ne m’avez fait vibrer qu’une fois : le jour où j’ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J’eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu’à la fin du tournoi. Mais Dieu n’a pas voulu. Ça ne m’a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu’on fasse et où qu’on se planque, on ne peut y échapper.

Quand j’étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l’école ou dans la rue. On me disait : « Ah, la fille! » ou bien : « Tiens, il est malade », tellement l’idée d’anormalité est solidement solidaire de la non-footballité.

Je vous emmerde. Je n’ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celle des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades. « 

Publicités

19 réflexions sur “Bonne soirée, mon cul !

  1. je voyais cela aux infos tout à l’heure et ce qui m’a marqué c’est la tristesse de ces Homo Festivus. Des peinturlures sur le visage, des perruques ridicules et des gugusses (et des filles aussi) nous expliquant avec une mine de clown triste qu’il fallait s’amuser.
    Drôle de France !

    J'aime

  2. je viens de voir, non le match, je m en tape, mais la dinguerie des supporters à la sortie du stade. ça me désespère ! Des boeufs en folie ! Et ces cons osent crier  » On a gagné  » !  » on « , pas un de ceux qu ont nous a montré ne serait capable de pousser le ballon plus de 100 mètres.

    J'aime

    • Corto, en idolatre de Sarkozy, je vous imagine pourtant bien crier « on a gagné » en 2007 quand le branquiniole ami des wahabites, a gagné. Et vous referez la même chose l’année prochaine si votre champion terrasse Flamby.
      Vous ne valez guère mieux qu’un footix, même intelligence en tout cas.

      J'aime

      • Même si je suis d’accord avec vous quant à Sarkozy, il me semble que les enjeux entre la coupe d’Europe et une élection présidentielle ne sont pas tout à fait les mêmes. C’est là le malheur de la France que d’être soumise au joug de la république. Le régime des partis ne peut que créer de la division. C’est d’ailleurs frappant de constater que tous les politiciens ne cessent de parler de la république, alors qu’ils devraient avoir le souci de la France. A croire qu’ils ne se soucient que de la survie de ce régime qui leur permet de vivre aisément et de jouir de privilèges que l’Ancien Régime n’aurait même pas imaginés.

        J'aime

        • « le régime des partis ne peut créer que de la division » Les partis de gauche du centre et de droite n’ont sans doute jamais été aussi proche idéologiquement et politiquement qu’a l’époque moderne; les divisions ne sont généralement que de façade (la politique est devenue un show, un spectacle comme un autre, un moyen comme un autre de se faire voir et de gagner sa croute) Ce qui amplifie les divisions et les conflits dans l’ensemble du corps social hors monde politico-médiatique n’est pas tant le système républicain que l’idéologie protestante basée sur le communautarisme et la coexistance plus ou moins pacifique entre les communautés, le désir absolu de reconnaissance et de religiosité qui trouve leur apothéose dans le star system actuel ou cette volonté de faire le buzz, de suivre « l’actualité » « la ou les modes » de parler de soi et de faire parler de soi qui anime le moindre pékin lambda Comme disait muray derrière le village potemkine de la fete et du carnaval, c’est la guerre meme si la encore la guerre moderne ne ressemble plus vraiment a l’ancienne en tout cas sous nos latitudes (guerre économique, guerre pour trouver et conserver du travail, un logement, un conjoint, pour se faire aimer sur les réseaux sociaux ou « in real life » donc en résumé, ce ne sont plus deux camp deux pays deux armée qui se font la guerre mais c’est la guerre du « tous contre tous » d’homo festivus contre homo festivus de moderne contre moderne)

          J'aime

  3. Ah ça… je vous attendais au détour! Je m’attendais à un billet sur le foot: dans le mille. Et je m’apprête à peine à le dégainer que je vois que vous l’avez déjà dégoupillé: Desproges!

    Pas grave, j’en ai à rajouter. L’autre jour, au bureau, la conversation se lance sur… l’euro. Je réalise soudain: « aaaaaah, d’accoooooooord! C’est pour ça que la ville a planté ces espèces de figurines hideuses en tôle de fût un peu partout? C’est pour votre truc de foot? Le jeunot, presque scandalisé: « mais c’est l’euro, enfin! quand même! « . Je n’en savais rien, et j’en rajoute en lui répondant que je n’en ai rien à branler. Il a l’air consterné. Je me demande seulement combien la municipalité de St Etienne a payé « l’artiste » pour orner chaque rond-point de ces saloperies. C’est vrai qu’on a un vrai maire socialiste maintenant.

    Et président Hollande aux anges, béat, sourire épanoui sur sa face de hareng saur. Forcément, qu’est-ce qui pourrait rendre plus heureux un petit père des peuples que de voir ses moutons s’abrutir devant des jeux, avec la satisfaction, en prime, que l’organisation de ces jeux débilitants, ce sont eux qui les payent!

    Les organisateurs sont exonérés de taxes et de TVA, et après ces empaffés viennent brailler, la gueule enfarinée, que l’optimisation fiscale, l’évasion, toussa, c’est le mal! Les petits patrons, eux, peuvent payer plein pot dès la 1ère année et sans attendre le moindre bénéfice: le fisc français, c’est facturation à la seconde, dès la première seconde, et jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais les moutons vont au match, contents de leur stupidité. Quand on leur montrera le précipice, ils se laisseront tomber au fond, tout pareil.

    Allez, je ne vais pas laisser ce mouvement d’humeur me gâcher la belle journée qui s’annonce. Bon week-end à tous !

    Aimé par 1 personne

  4. Le pays est parterre mais le peuple est très content : il a ses jeux et encore un peu de pain.
    Même le « teinté » a osé porter hier soir une écharpe ridicule sur ses épaules. Mais « ça va mieux » les cégétistes ont cessé temporairement les blocages…

    J'aime

  5. Le foute est la religion des faibles d’esprit, des matérialistes, des hédonistes qui tentent vainement de donner à leur petit horizon existentiel consumériste un vague idéal pas trop cher et pas trop exigent. La plupart de ces fan de foot se contentant de boire de la bière et de manger des ailes de poulet, sans faire de sport, au bord de l’infarctus.

    Est-ce la bière ou le foot qui rendent con?

    Réponse numéro 2 vu qu’on boit de la bière depuis 2000 ans tout en construisant des cathédrales, en peignant des Madones, en composant des épithamlames et des lettres d’amour…

    De plus, ce n’est pas si cher que cela un ballon. On peut bien leur en acheter un à chacun.

    Aimé par 1 personne

    • j’adore le foot mais je ne pense pas faire partie de la caste des supporters lambda (ces derniers ne sont géneralement pas capable de savoir qui sont garrincha zico neeskens ou dino zoff tout comme de citer les 8 pays vainqueurs d’au moins une coupe du monde ou le nombre de C1 gagnées par l’allemagne) Pour le vrai passionné de foot, la passion ne dure pas que le temps d’un match ou d’une compétition, elle est quasi permanente, indifférente aux saisons et au temps qui passe De plus le vrai passionné souffre de voir son sport sali par l’argent roi la corruption l’individualisme la culture banlieue le sexe les arrivistes et les profiteurs de tout poil par les « footix » ou supporters du dimanche qui n’aiment le foot que parce que c’est a la mode et qu’on passe des bons moments entre potes et meme « avec des inconnus le temps d’un soir » Le vrai passionné meme si il ne pratique plus trop que se soit pour des raisons de temps ou de santé, a quand meme un certain passé de pratiquant aussi modeste soit il (avant centre des cours de récré ou des plages, ballon qu’on fait rebondir contre le mur de la maison pendant des heures, licencié ou bénévole dans un club, joueur-entraineur virtuel a FIFA,PES ou a FOOTBALL MANAGER) Le vrai passionné de foot passe souvent pour un ayatollah un illuminé un extrémiste un fou un original un marginal une espèce en voie de disparition et il aime ça

      J'aime

  6. Étant par nature individualiste, l’idée même de sport collective m’est étrangère. L’exploit sportif ne se conçoit qu’individuel. Les « sports » collectifs n’en sont d’ailleurs pas : ce sont au départ des jeux pour enfants, comme tout le champs lexical qui les couvrent l’indique clairement. On « joue » au foot, au rugby ou au hand, mais on ne « joue » pas à la boxe ou à la course à pied. Tous ces jeux sont pris trop au sérieux par des adultes qui n’ont rien de vraiment exaltant à se mettre sous la dent. Quant à l’esprit d’équipe, il ne pèse pas lourd dans ces jeux dont l’enjeu n’est en définitive que d’argent. Un équipage de voilier ou une cordée d’alpinistes me semblent bien plus légitimes à revendiquer l’esprit d’équipe, car si l’un ou l’autre du groupe ne tient pas son poste, c’est un danger véritable pour les autres. Tout ce que risque un mauvais footeux, c’est d’écorner la prime de match de ses coéquipiers.

    J'aime

    • sans dire que le foot est un art, on pourrait dire la meme chose pour l’art a notre époque La musique le cinéma les séries TV et autres émissions ont pris une place prépondérante dans notre societé sans que personne ne s’en plaigne (a part trois pelés et deux tondus) On tape sur le foot cible facile (hooligans racailles footballeurs riches et incultes dopage corruption argent facile prostituées drogue alcool fiestas) Il ne viendrait a l’idée a personne ou presque de dénigrer la musique dans son ensemble parce que beaucoup de musiciens parmi les plus connus sont des drogués des fous des alcooliques des marginaux qui souvent meurent jeunes et malheureux (la musique tue voila un slogan qui tue pour musicophobes)

      J'aime

  7. Pingback: Le foot est il vraiment un sport ? | Paul Fortune

  8. En fait je viens d’avoir une révélation de chez révélation.

    Une révélation qui me fait brusquement ADORER le FOOT.

    Le FOOT c’est FANTASTIQUE une fois qu’on comprend que cela se passe A L’EXTERIEUR des stades.

    Dans les cafés, les rues…avec de vrais sportifs dopés à la bière. Pas avec des ballons mais avec des tables, chaises, policiers, poubelles…en bref tout ce qui tombe sous la main.

    J'aime

    • Et bien je vais vous dire, vous avez raison. J’ai eu cette impression que se déroulait une sorte de festival d’Avignon, avec réalité augmentée..
      Il y a eu du beau jeu à Marseille.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s