Ils ne se foutraient pas un peu de notre gueule ?

Après un petit déjeuner roboratif, pris en charmante compagnie, dans un des salons du Grand Hôtel, nous avons décidé de nous promener dans Paris. Tout d’abord le jardin des Tuileries, qui n’a plus grand chose à voir avec celui que j’ai pu connaître dans mon enfance. On y trouve des panneaux d’information hideux, un espace jeux pour enfants qui brise l’harmonie avec une espèce de pont de singe assez haut agrémenté d’une sorte de sculpture en inox.

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Puis direction le Louvre où nous découvrons, trônant dans la Cour carrée, une sorte de pustule affectant plus ou moins la forme d’un LEM du programme Apollo. Nous nous approchons pour tenter de connaître la raison de ce qui s’apparente à un attentat esthétique. Et bien , il s’agit d’art contemporain, une installation comme on dit. Sur un panneau, on peut lire le texte ci-dessous, censé expliquer aux beaufs moyens que c’est de l’art avec un grand tas :

« Placé au cœur de la Cour carrée, sur la fontaine, le Panorama de l’artiste Eva Jospin est conçu comme une architecture artistique. Le côté minéral de la ville, du palais et le décor du musée du Louvre se reflètent sur les parois habillées d’acier poli-miroir. À l’intérieur, le côté végétal, avec le panorama, reflète l’univers des forêts et des grottes.

Le Panorama de l’artiste se comprend dans la continuité des panoramas traditionnels qui, au XVIIIe siècle, ont connu un intérêt public croissant. Ce sont les précurseurs de spectacles en ville, de foires, de manèges et de cinéma, de toutes sortes de divertissements payants que la ville offre à ses habitants. Le plus ancien panorama connu  en France a été réalisé par Pierre Prévost (1764-1823), Le Panorama de Constantinople, conservé par le musée du Louvre et présenté lors de l’exposition « Philippe Djian au Louvre » (27 novembre 2014 – 23 février 2015).

Eva Jospin sculpte le carton, médium rarement utilisé, pour créer des oeuvres sous forme de haut-reliefs. Avec Panorama, la perspective et la profondeur  sont travaillées à une échelle plus grande et nous livrent une spatialité en trois dimensions. L’oeuvre est spécialement conçue pour la Cour carrée du musée du Louvre et entamera ensuite un tour du monde dans plusieurs villes.« 

Ne cherchez pas, La dite Eva est bien la fille de ce cher Lionel. Je sais ce que vous pensez, et je ne peux pas vous laisser dire que c’est grâce à l’entregent de son père qu’elle a pu exposer cette bouse dans la Cour carrée, lieu prestigieux. Maintenant, regardez bien le cliché que j’ai pris et comparez-le à celui qui illustre le texte en italique :

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Merci Photoshop, parce que le moins que l’on puisse dire, c’est que le produit fini ne correspond pas franchement à celui qui est présenté sur l’affiche. Un peu comme ces hamburgers moelleux, garnis d’une salade fraîche et d’un steak épais et juteux, que l’on peut observer au dessus des comptoirs des fastes foudes, qui n’ont rien à voir avec la daube que l’on découvre dans la boîte qu’un étudiant boutonneux vous balance sur votre plateau.

Bon, on sait bien que la loi du marché pousse à toutes les malhonnêtetés, il faut vendre encore et toujours plus, mais on serait en droit d’attendre d’une institution muséale un minimum de rectitude dans la présentation d’une « oeuvre ». Bien entendu, aucune information quant au prix de cette bouse qui a, bien entendu, été achetée par je ne sais quel haut fonctionnaire surpayé de la rue de Valois ayant cédé complaisamment à d’amicales pressions.

Ce n’est pas une nouvelle, je suis ouvertement hostile à l’art comptant pour rien, art financier et de connivence par excellence, fondé sur l’escroquerie intellectuelle et artistique, pratiqué par de soi-disant artistes qui se fichent du beau comme de leur première chemise, et qui mettent en scène leur ego à travers de soi-disant concepts fumeux. S’il est déjà scandaleux que l’argent public serve à financer de tels achats, il est totalement intolérable que ces ordures soient exposées dans dans des lieux historiques comme le Louvre ou le château de Versailles. Que les cultureux du ministère aient au moins la décence de les exposer dans des endroits où ils ne choqueront pas l’esthétique et l’histoire, comme devant le ministère des Finances par exemple.

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8 réflexions sur “Ils ne se foutraient pas un peu de notre gueule ?

  1. Et comment qu’ils se foutent de nos gueules… Cette fumisterie pour bobos parisiens qu’est l’art contemporain a aussi le don de me filer des boutons.
    Il y a quelques mois, j’avais commis ça sur le même thème: http://zone-critique.blogspot.com.es/2015/07/letron-subventionne.html
    Merci de dénoncer cette escroquerie intellectuelle qui coûte une blinde d’argent public, que se partage une caste de fumistes qu’il serait grand-temps de latter généreusement.
    Amitiés.

    Aimé par 1 personne

  2. « Que les cultureux du ministère aient au moins la décence de les exposer dans des endroits où ils ne choqueront pas l’esthétique et l’histoire »

    Oui, d’accord, avec ça ainsi que tout le reste et à 100 %. Mais c’est justement fait pour: s’ils les mettaient ailleurs, personne ne les verraient, ces « installations » ne paraitraient plus rien d’autre que ce qu’elles sont réellement: des trucs installés, insignifiants et inintéressants. Il faut les mettre au pied des grandes oeuvres pour qu’elles bénéficient d’un peu de leur force d’évocation, et bien entendu du potentiel d’attraction touristique qui en découle.

    C’est ce que le message d’explication dévoile à mi-mots d’ailleurs: « L’oeuvre est spécialement conçue pour la Cour carrée du musée du Louvre et entamera ensuite un tour du monde dans plusieurs villes ».
    En clair, on pose notre bouse ici, où des visiteurs du monde entier la verront, pour lui donner l’aura internationale dont nous avons besoin pour la montrer ailleurs dans le monde, et surtout faire monter sa cote. (Et finalement la fourguer à un gogo qui espèrera en tirer un profit à la revente).

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  3. Bonsoir Arnaud, je suis bien heureux de vous lire à nouveau.
    Le reportage que vous nous avez offert sur la fête de LO était assez croustillant.

    Je me permets de mettre en lien une petite vidéo, captivante, qui permet d’obtenir quelques éléments de réponse quant au choix des Cultureux de mettre une œuvre contemporaine dans un endroit plutôt traditionnel.

    Je vous souhaite une bonne continuation.

    Au plaisir de vous lire.

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  4. Pingback: Il m’a fallu quelques jours… | La Mouette rieuse

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