En territoire hostile

Malgré mes soucis de santé, qui je vous rassure vont s’améliorant, j’ai tenté une expérience éprouvante. Oui, je suis ainsi, je ne recule devant aucune audace afin d’édifier mes fidèles lecteurs. Je vois à vos mines dubitatives que vous commencez à vous poser des questions. Et bien, à fin d’édification personnelle, et pour complaire à quelques amis, qui ont le fort mauvais goût d’être de gauche, j’ai fait un plongeon dans la quatrième dimension, je me suis aventuré en territoire ennemi. Bref, pour tout vous dire, puisque je vous sens haletants, j’ai passé l’après-midi à la fête de Lutte Ouvrière. Difficile, pour un royaliste, de faire pire expérience, sauf à tomber sur une horde de zombies nazis ou de dinosaures staliniens.

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De gauche, mais polyglotte, quand même.

Lutte Ouvrière, à ce nom, on imagine une bande de damnés de la terre avec le couteau entre les dents, prêts à faire un sort au moindre suppôt du capitalisme qui leur tomberait sous la main. Et bien il n’en est rien, car ô surprise (enfin pour les non-initiés) la dite fête se passe dans un immense parc abritant un très charmant château. Comme quoi, on peut être révolutionnaire, anticapitaliste, sans pour autant bouder ce vieux réflexe petit-bourgeois qu’est le droit de propriété, aimer le luxe et dans le même temps proposer les oeuvres complètes de Léon Trotski, à prix modique quand même, parce qu’il ne faut pas trop déconner non plus.

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Au premier plan, le stalag pour enfants, au fond, le château.

On ne serait pas entouré de gauchistes, l’expérience pourrait presque être agréable. Car a contrario de la fête de l’Huma, le public est essentiellement familial et plutôt bon enfant. Bon, il y a bien quelques punkoïdes, mais ils restent très très minoritaires. D’ailleurs, c’est bien explicité à l’entrée, alcool et came sont interdits dans l’enceinte de la fiesta cramoisie. Et pour bien montrer qu’on ne rigole pas, les sacs sont fouillés à l’entrée et on est sommé de montrer que les poches ne contiennent pas la moindre petite lame. Clairement, il faut éviter les barnums où se déroulent des conférences animées par de vieux barbons pontifiant sur la révolution prolétarienne, ou de vieilles g…nes grisonnantes venues éveiller le prolo de base aux réalités du sexisme dans le monde du travail.

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Ce qu’il y a de bien avec les gauchos, c’est que l’on est jamais surpris, à croire qu’ils ont tous été formatés par le regretté Pavlov. Le centre de la fête est un espace gazonné intitulé « place octobre 1917 ». A partir de là, on a le choix entre les diverses parties : cité de la science (sur laquelle il y aurait beaucoup à dire), cité du roman (rouge évidemment), cité des arts (prolétariens comme de juste), cité des enfants (espace grillagé où on abandonne les mouflets pour l’après-midi), cité des jeunes, garderie, le grand podium où des groupes venus du tiers-monde viennent gratouiller des guitares plus ou moins accordées et tabasser des bongos qui n’avaient rien demandé. Surprise, il y a un espace Broadway où l’on peut écouter des groupes de blues désespérément leucodermes, et comble du sublime, apprendre à danser sur de la musique country, sous la houlette d’un sexagénaire, habillé de pied en cap, en cow-boy.

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Humour prolétaire sans doute.

Il y a quand même des choses intéressantes comme le village médiéval où l’on peut boire de l’hypocras, apprendre à forger une lame auprès de maîtres-forgerons, manier épées, dagues, haches de combat, hallebardes et autres fauchards. Il y a des ateliers découvertes, plutôt bien faits, pour les enfants, où on leur montre les techniques de fouilles archéologiques. Il y a même un atelier où l’on peut apprendre à tailler le silex comme nos ancêtres néolithiques. En revanche, à condition d’avoir l’esprit mal tourné, comme votre serviteur, on tique un peu lorsque l’on arrive au stand où l’on apprend aux enfants à taguer une caverne comme de bons petits cro-mignons.

Ceci dit, ils sont malins chez L.O, ils ont bien pigé, à leur avantage, les mécanismes du système capitaliste. Ils proposent à presque chaque stand, de l’argent virtuel, un peu à la façon des fameux colliers de perles du Club Merde à sa grande époque. On a donc le choix entre payer en cash ou avec de la monnaie de singe. Là où ça se corse, c’est que si vous sortez un biffeton de votre larfeuille, le bénévole qui tient le stand vous rend d’emblée la monnaie en tickets qui ne valent pas un kopeck à l’extérieur. Si on veut récupérer des espèces sonnantes et trébuchantes, il faut sacrément insister. Manière déguisée de capter votre pognon et de vous pousser à consommer. Et les occasions de se délester de sa monnaie de singe ne manquent pas. Il y a des stands de bouffe à profusion, presque toutes les régions sont représentées, sans oublier les délices culinaires du moyen-orient et les saveurs épicées d’Amérique latine.

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La police du bandeau parle d’elle-même. Objectivité assurée.

Les service d’ordre, à première vue, est plutôt bon enfant, assuré par d’aimables bénévoles. Cependant, on croise régulièrement des types assez costauds portant brassard rouge. Prendre des photos est visiblement assez mal vu. Les regards deviennent vite insistants, et pour tout dire inquiétants. J’ai donc rapidement remisé mon portable. Le parc n’étant pas entièrement occupé par la fête, de nombreuses barrières en marquent les limites et un peu plus loin, on peut voir des types en pantalon de treillis, rangers à lacets rouges, patrouiller, des fois que des camarades indélicats ne respecteraient pas la discipline du parti. Y aurait-il des choses à cacher ? Quand on sait que le parti a monté une maison d’édition, une sarl « OPPM Service », spécialisée dans la formation professionnelle, la prospection et le marketing en milieu médical, une autre société, anonyme cette fois, l’Epmed (Études et publicité médico-pharmaceutiques), on se dit que le pognon semble plus intéresser les membres dirigeants que le bonheur de leurs fidèles.

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11 réflexions sur “En territoire hostile

    • Certes, mais c’est instructif.

      Derrière le masque bon enfant façon sortie familiale de militants, on voit rapidement pointer le nez de la paranoïa sécuritaire. Ces nervis qui parcourent les allées, ceux qui patrouillent derrière les limites de la fête, c’est pas vraiment en accord avec l’esprit libertaire. Tout comme le système destiné à capter l’oseille des gogos qui ne voient pas l’entourloupe.

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  1. Ces rassemblements de leucodermes sont une insulte à la diversité de notre pays. Enfin, il y avait quand même des bongos, des stands de kebabs et de la monnaie de singe.
    L’honneur est sauf.

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    • Vous ne croyez pas si bien dire, le divers est assez rare parmi la foule qui vient à cette fête. Ceci dit, il y a quelques loutes ouvrières qui vaudraient le détour si elles n’étaient pas gauchistes jusqu’au trognon. Comme disait un de mes anciens collègues, baiser une gauchiste est un plaisir de connaisseur, mais mon sens de l’abnégation n’ira jamais jusque là.

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  2. J’apprends avec ce post que vous avez été – êtes encore un peu?- souffrant. Acceptez tous mes voeux de rapide rétablissement.
    Avec le « grand soir » qui semble pouvoir se pointer rapidement, il faut vite fait de le thune pour accélérer sa survenue!
    D’ailleurs, que pense-t-on dans la Grande Maison des émeutes récurrentes liées aux mouvements d’humeur autour de la loi El Khomri? Le gouvernement est dépassé, ou les violences font leurs affaires? A moins qu’il ne tente de tirer le meilleur parti d’un débordement violent par la gauche de la gauche?

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    • Trois mois de galère, mais j’en vois le bout, après avoir perdu 16 kilos.
      Pour ce qui est de la Grande maison, je crois qu’ils sont nombreux ceux qui se sont exprimés sur le fait qu’ils ont le sentiment de n’être que des pions sur l’échiquier politique, le manque d’ordres clairs, etc. À mon sens, la violence de l’extrême gauche leur sert pour apparaître comme la seule alternative possible.

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  3. « Confit social »

    Ils auraient pu aussi proposer du « canard laquais ».

    Il ne faut pas trop en vouloir à ces nostalgiques ravis de la crèche de capter un peu de flouze. le temps où ils se faisaient financer par Jakob Schiff, Parvus Helphand ou Rotschild est bien lointain. Désormais, les banques Juives financent les néozizis de Kiev.

    Tout fout le camp.

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