Passer de César à la démocratie

Cet après-midi, repos. Je suis donc allé au cinéma, avec ma cadette, voir « Avé César », le dernier film de Joel et Ethan Coen. Certains critiques chafouins se sont plus à en dire du mal. Nul ne peut plaire à tout le monde, surtout lorsqu’il s’agit de ce petit monde de soi-disant intellos qui n’aiment que le cinéma d’auteur, c’est-à-dire celui qui garde les salles vides. Soyons clair, on ne va pas voir « Avé César » pour le scénario, l’histoire est simplette et n’est là que pour servir le vrai propos de ce film qui est avant tout un magnifique hommage au cinéma hollywoodien des années 50. On y croise des stars du western, des ballets nautiques, du péplum. On suit la vie chaotique d’un directeur de grand studio, qui en plus d’avoir un œil sur le planning des différents tournages, doit veiller à l’équilibre des budgets, mais en plus doit gérer les vies dissolues de ses vedettes et veiller à ce que rien ne sorte dans la presse. On fait aussi connaissance avec un petit groupe d’auteurs et de scénaristes, tous communistes, bien décidé à faire rendre gorge aux studios qui les emploient et qui essaieront, bien naïvement, de convertir la vedette du moment, aussi abrutie qu’elle est alcoolique. La presse, toujours aux abois, avec ses pisse-copie toujours aux abois d’un ragot à colporter, ses articles au vitriol, n’est pas épargnée. Et puis il y a ces immenses studios où les hangars s’alignent à perte de vue, le petit monde des techniciens, des monteurs, des réalisateurs. Le tout coupé de superbes scènes qui auraient pu figurer dans des films d’Esther Williams, de George Sanders, William Holden, Gene Kelly, etc. D’une certaine manière, le cinéma de cette époque est évoqué et mis en scène, comme le muet le fut dans « Dansons sous la pluie ». Le tout avec le regard goguenard, parfois acide et critique des frères Coen, sans toutefois se départir d’une indulgence bienveillante pour ce qui fut l’âge d’or du cinéma américain.

En rentrant chez moi, j’allume l’autoradio et je tombe en pleine discussion, sur RTL, à propos du recours en justice de David Rachline contre la construction d’une mosquée. Si j’ai bien saisi, ce maire, Front National évidemment, conteste le maintien de cette construction au prétexte que le permis de construire accordé serait entaché d’illégalité, le bâtiment étant installé dans une zone inondable. Pour ma part, je n’aurais pas contesté, juste attendu la montée des eaux, puisque la justice a ordonné le maintien en l’état du bâtiment en lieu et place de la destruction et de la remise à l’état initial du terrain comme la loi le prescrit. La possible catastrophe aurait été du fait de cette institution. Mais le fond du problème semblait surtout se situer autour de l’appartenance de cet édile à un parti honni par la classe jacassante. Un invité a quand même fait remarquer qu’il y avait au moins un autre cas, je ne me rappelle plus de la ville concernée, où le maire socialiste ne veut pas entendre parler de la moindre mosquée. Il a précisé qu’un maire est avant tout élu pour mettre en oeuvre ce que ses électeurs attendent, donc le cas Rachline n’a rien d’étonnant ou d’infamant. Et là, nous avons eu droit à un grand moment de démocratie à la française. Un autre invité a alors expliqué que dans certains cas, et la construction de mosquées en fait partie, il convient de ne pas se préoccuper de l’avis et des attentes du peuple. Et pour étayer son propos, il a ajouté que si on s’en tenait à ce que veut le peuple, la peine de mort serait encore en vigueur. Fermez le ban.

La démocratie sans le peuple, voilà une idée qui trotte dans la tête de pas mal de politiciens depuis pas mal d’années. Les grossiers diront que c’est une forme de totalitarisme, certes soft, mais qui s’intéresse à ce que disent ces personnes ?

Publicités

4 réflexions sur “Passer de César à la démocratie

  1. Je crois qu’on y est a peu près arrivé à la démocratie sans peuple, pour ça les Juges aident bien! Et comme « zone inondable » ne signifie pas « zone à inonder d’urgence », les braves Fréjussiens se farciront leur grande mosquée de gré ou de force…plutôt de force, y a pas de doute!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s