Su Corsu e ne su fieru, pied de nez aux républicons

Autrement dit : « Je suis Corse et j’en suis fier« .

Comment ne pas être en accord avec cette devise, alors que nous vivons une époque où l’identité est battue en brèche ? Les identités régionales, diversité française, sont combattues par la république depuis que cette dernière a pris le pouvoir par un coup d’Etat sanglant. L’identité nationale, est également combattue par la gueuse qui ne comprend la diversité que si cette dernière est extra-nationale. Mais elle est également combattue par l’Union européenne, mondialiste et immigrationniste.

Ordoncques, le discours de jean-Guy Talamoni, nouveau président de l’Assemblée de Corse, prononcée dans sa langue natale, a visiblement choqué tous les républicons. Ces derniers n’ont pas manqué de rappeler la première phrase de l’article 2 de la constitution de 1958 : « La langue de la République est le français« . Car la république française est une et indivisible. C’est fort beau sur le papier, mais que ces abrutis me montrent en ce bas monde une seule nation qui soit véritablement une, sans la moindre nuance. Même Dieu est trinitaire. Et voilà le rouleau compresseur de la gueuse qui se met en branle, gronde, menace à mots couverts pour l’instant. Y compris une partie non négligeable des souverainistes d’y aller de son petit couplet sur l’unité du peuple français. Sommes-nous donc à ce point dirigés par des gens ignorant l’histoire de leur pays ? Ne savent-ils pas que le Roy de France était le père de SES peuples ? Sont ils à ce point aveugles pour ne pas voir (ce qui pourtant saute aux yeux) les différents archétypes physiques propres à chaque région, qui apparaissent dès lors que l’on met côte à côte un Basque, un Breton, un Savoyard, un Auvergnat, un Alsacien, un Flamand ? Sont-ils à ce point aculturés pour ignorer les traditions, les cultures, les langues, propres à chaque région ?

Ce que dit M. Talamoni : « le peuple corse a dit que la Corse n’était pas un morceau d’un autre pays mais une nation, avec sa langue, sa culture, sa tradition politique, sa manière d’être au monde » devrait au contraire réchauffer le cœur de tout Français qui pour l’heure est obligé de vivre son identité régionale de manière facultative, en surplus. Depuis 1789, on est uniquement Auvergnat, Basque, Corse, etc. parce qu’on a décidé que ce patrimoine a une valeur, qu’il a façonné notre manière d’appréhender la vie, de comprendre le monde et d’en faire partie. Bien sûr, je ne souscris pas inconditionnellement à la sortie de M. Talamoni. Mais en ces temps périlleux, je salue le courage de ceux, de quelque région qu’ils soient, qui proclament leur volonté de continuer à exister contre vents et marées, leur refus de se voir dissous dans un néant aux allures de partouze métissée, de voir leur patrimoine culturel, traditionnel et linguistique remisé au rang de curiosité pour universitaires obscurs.

Provinces Ancien Régime

Ah ils ont beau jeu, tous ces procureurs à la petite semaine, de crier à la patrie en danger. Mais la vérité est que ce sont eux, et leur prédécesseurs, qui l’ont appauvrie en ne voulant entendre qu’une seule langue, ne voir qu’une seule tête dans les rangs. Pourtant, depuis l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts, édictée le 10 août 1539 par  François 1er, puis enregistrée au Parlement de Paris le 6 septembre, les choses étaient on ne peut plus claires :

art. 110. Que les arretz soient clers et entendibles, et afin qu’il n’y ayt cause de doubter sur l’intelligence desdictz arretz, nous voulons et ordonnons qu’ilz soient faictz et escriptz si clerement qu’il n’y ayt ne puisse avoir aulcune ambiguite ou incertitude, ne lieu a en demander interpretacion.

art. 111. De prononcer et expedier tous actes en langaige françoys, et pour ce que telles choses sont souventes foys advenues sur l’intelligence des motz latins contenuz es dictz arretz, nous voulons que doresenavant tous arretz ensemble toutes aultres procedeures, soient de nous cours souveraines ou aultres subalternes et inferieures, soient de registres, enquestes, contractz, commisions, sentences, testamens et aultres quelzconques actes et exploictz de justice ou qui en dependent, soient prononcez, enregistrez et delivrez aux parties en langage maternel francoys et non aultrement.

En clair, la langue utilisée pour tous les actes publics ou d’ordre privé (contrats, etc.) du royaume était la langue française. En marge, chaque province était libre d’utiliser sa langue pour les échanges quotidiens. Les provinciaux étaient-ils pour autant de mauvais Français ? Bien évidemment, non. A travers l’histoire ils ont montré leur attachement à la France, au point que certaines batailles ont pu être gagnées grâce à l’apport des milices locales à l’Ost royal, Bouvines par exemple.

Seulement voilà, en 1789, une bande d’ultras, minoritaires, envieux, avides de pouvoir, a pris le pouvoir par les massacres, le mensonge, la spoliation, et a décidé qu’il n’y avait qu’un seul peuple vivant sur la douce terre de France. Un seul peuple, une seule langue, une seule loi. De fait, tous les particularismes locaux furent âprement combattus. Mon père, né en 1935, a gardé le souvenir des baffes et autres punitions infligées par l’instituteur lorsque ce dernier surprenait des gamins en train de parler auvergnat dans la cour de récréation. De nos jours, la règle n’a pas changé, la république a seulement changé de manière, optant pour la voie technocratique de la carotte et du bâton. Elle a mis en place la fiction de la décentralisation. La réalité, c’est que des pouvoirs sont sans cesse transférés de l’Etat aux régions, sans pour autant que leur soient données les moyens de les assurer. Celles-ci ne disposent en fait que d’une autonomie limitée. Ainsi, par exemple, les régions ont la charge de la construction et de l’entretien des lycées (communes et départements gèrent respectivement les écoles et les collèges). Mais les enseignants demeurent recrutés et rémunérés par l’Etat, qui décide également de la teneur des programmes, se réservant la possibilité d’accepter que les langues régionales soient enseignées ou pas.

Pourtant, une nation peut exister tout en prenant en compte les particularismes locaux au lieu de les tenir pour quantité négligeable. La Confédération helvétique par exemple, compte pas moins de quatre langues officielles. Et un canton comme le Valais, qui totalise un peu plus de 300.000 habitants dispose d’une autonomie fiscale et législative sans commune mesure avec celles de feues nos anciennes régions, sans parler des nouvelles super-régions créées pour complaire à une Union européenne désintégratrice.

Seule une monarchie peut restaurer la diversité française tout en conservant l’unité de la nation à travers le Roy, père de ses peuples. En retrouvant leur statut de corps intermédiaire géographique, elles retrouveraient leur personnalité perdue, et pourraient à nouveau participer à l’unité, organique et non plus fictive, de la France et à sa grandeur.

Pour ma part, siau auverhat, ce qui ne m’empêche pas de me sentir Français. Et si tu me cherches noises république de mes deux, mesfisa-te sala bèstia, cala manit o beveràs a la lòs !

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22 réflexions sur “Su Corsu e ne su fieru, pied de nez aux républicons

  1. art. 110. Que les arretz soient clers et entendibles, et afin qu’il n’y ayt cause de doubter sur l’intelligence desdictz arretz, nous voulons et ordonnons qu’ilz soient faictz et escriptz si clerement qu’il n’y ayt ne puisse avoir aulcune ambiguite ou incertitude, ne lieu a en demander interpretacion.

    Punaise…qu’est-ce qu’il pouvait faire comme fautes d’orthographe le bon François 1er…

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    • Andouille :-p
      Étrangement, j’ai toujours trouvé que le français du XVIème au XVIIIème siècle était très agréable à lire, et ce en dépit des évolutions successives. Lire Montaigne, Tallemant des Réaux, dans le texte est un pur ravissement, tout comme lire Saint-Simon ou Choderlos de Laclos. Je ne saurais l’expliquer clairement, mais cela crée comme une sorte de résonance, comme si je retrouvais une esthétique oubliée à la suite de je ne sais quel accident.

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      • il parait que les québécois parlent peu ou prou le français du 17 ème 18 ème siècle, celui qui n’a pas subi la réforme linguistique de la révolution et du siècle suivant Cela voudrait donc dire que le français moyen qui remonterait le temps aurait du mal a ne pas éclater de rire a chaque phrase prononcée par un « local »

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        • En fait pas exactement.

          Le français parlé au Québec est un assemblage de différents parlers Poitevins, Normands, avec mots et accents spécifiques, le tout plus ou moins unifié par un parler populaire parisien des faubourgs.

          Depuis 1763, ce français a évolué en gardant certains mots familiers de ces époques, en en inventant d’autres ou en y donnant un sens parfois différent, avec des expressions qui ont connu aussi leur évolution propre et avec – mais ils ne l’admettront jamais – une très forte anglicisation.

          Le vrai français « québécois » joual ou chiac, est incompréhensible. Mais depuis une vingtaine d’années, le français enseigné dans les CEGEP et autres usines à crétins ressemble de plus en plus au français de métropole et – à part l’accent qui s’est allégé, et deux trois expressions encore un peu idiomatiques – est assez identique au nôtre.

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  2. Ce que je trouve beaucoup plus inquiétant c’est, ainsi que nous en a averti Pierre Hillard, « l’idéal ethnique au parlement européen ». La France éclate en différentes entités, comme la Grande Bretagne. Il note : « une étrange parenté avec la carte des régions de la Waffen SS ». Et il ajoute : « Le grand vainqueur de ces découpages ethniques est le corps germanique qui, outre l’Allemagne, associe l’Autriche, la Suisse alémanique, l’Alsace, le pays messin, le Luxembourg et les cantons germanophones belges. »
    Cela devrait nous faire réfléchir aussi !

    Source : La Grande Europe ou le grand basculement ? Pierre Hillard cité par le canard républicain

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    • Il est évident que le rêve de la Gross Europa allemande est relancé, maintenant que la réunification a été digérée. On notera que dans le même temps, la Turquie renoue avec les vieux rêves de puissance ottomane.

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  3. Entièrement d’accord avec ce billet, à un détail près : il n’y a aucune raison d’être « fier » d’être français (ou corse ou uruguayen…) dans la mesure où on n’y est pour rien. En revanche, il n’est pas interdit de s’en déclarer satisfait (ou mécontent).

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  4.  » Un seul peuple, une seule langue, une seule loi  »

    Suis-je seul à faire le rapprochement avec le  » Ein Volk, ein Reich, … » ? Qui ressemble d’ailleurs suffisamment au  » Il n’y a de dieu qu’Allah, et Mohammed… », etc, etc, etc.

    Quand j’entends Valls asséner que le français est la seule langue de la république, alors que par ailleurs l’état insiste assez lourdement sur le multiculturel, sur l’enseignement de l’arabe et du zoulou, et qu’on a de plus en plus de jeunes décérébrés incapables de s’exprimer dans un français correct, on peut affirmer que l’état est un oppresseur qui se fait passer pour un sauveur.

    Avant la révolution, le royaume de France a eu son plus remarquable monarque, Louis XIV, astre des rois, soleil du royaume autour duquel devait graviter cour, ministres, nobles et ordres divers, comme autant de planètes, étoiles et constellations soumises à son pouvoir divin. La fin de cette apogée sera marquée par le règne de Louis XVI, plus intéressé par la serrurerie. Autre temps, même cycle : après la guerre, la république de France a eu son plus remarquable président, De Gaulle. Nous avons maintenant Hollande, plus intéressé par les scooters et les dîners en ville. Cette république est foutue. Mais c’est peut-être une bonne nouvelle?

    Voilà les pensées en vrac que m’inspire ce très juste billet.

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    • Les parallèles que vous soupçonnez sont, bien entendu, intentionnels.

      Quant à Louis XVI, quoi que l’on puisse en penser, il a été un grand roi. Il a fait beaucoup pour les sciences en finançant de ses deniers des expéditions géographiques, il a réussi avec le soutien à l’insurrection américaine à coller une pâtée aux britanniques faits suffisamment rare pour être relevé, il a oeuvré pour la défense des plus démunis, pour une justice plus humaine en interdisant la torture, etc. La seule chose qu’on puisse lui reprocher est d’avoir été un roi chrétien au point de se perdre plutôt que de faire couler le sang de son peuple, ce en quoi il était raccord avec la tradition monarchique dans laquelle le roi est le père de ses peuples.

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      • Oh je ne dis pas que Louis XVI ait été un mauvais roi, loin de là, je pense juste qu’il n’était pas l’homme de la situation face aux bouleversements qui agitaient le royaume en son temps. Et je ne saurais le comparer à ce bouffon de Hollande, je :me cantonne juste à décrire ce qui me semble être une répétition de cycle, avec des analogies de structures et de situation.

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