Bataclan, Madonna, mémoriaux et autres signes de notre décadence

 

memorial-republique
Traductions

Je suis frappé de ce que les organes de la Propagande évoquent chaque jour, l’une après l’autre, les victimes des attentats du 13 novembre en les désignant toutes, même si elles sont mortes ailleurs, par l’appellation « génération Bataclan » – salle de spectacle dont il faut rappeler que le nom vient d’une opérette d’Offenbach, soit ce que la musique a produit de pire, sous le Second Empire, et qui avait, ce nom, fini par désigner un joyeux remue-ménage – ou, pour parler comme les victimes, sans doute, un « bordel sympa », les bourgeois du Second Empire, qui allaient au bordel après l’Opéra comique, étant d’une certaine façon les bobos d’aujourd’hui qui vont faire l’amour après avoir écouté un concert de sous-musique anglo-saxonne, les uns et les autres pensant « bien », à plus d’un siècle de distance, tout comme, en 2011, les victimes de Breivik, qui sont dites d’Utøya , même mortes à Oslo.

            Ce qui me frappe davantage, c’est que les photos de ces victimes, honorées à juste titre, sont légendées « En mémoire », et non In memoriam, ce que la Propaganda Staffel du Monde, de L’Obs ou de Li​bération devait trouver trop chrétien, ou élitiste – la « génération Bataclan » ignorant le latin, langue décrétée « inutile » par leurs parents socialistes, leur « culture » les portant à exécrer tout ce qui ressortit à l’Occident chrétien, à commencer par le catholicisme, fût-il « de gauche » (seul point sur lequel on leur donne raison !) ; c’est pourquoi le «  moment fort » de la piété post-mortem (pardon : d’après les attentats) a eu lieu, hier soir, dans le « concert improvisé » de Madonna, au pied du monument à la République – un monument qui, couvert de pieux graffitis et d’objets hétéroclites, a de plus en plus l’allure d’une décharge sauvage et présente tous les signes du paganisme propre à la déculturation française, cette génération ne sachant plus à quel saint se vouer, sinon à une pouffe américaine, « reine de la pop », dénommée Madonna par un impie effet de l’inversion de toutes les valeurs – les vraies, pas celles de la « République », naguère incantées par Jacques Chirac qui avait eu l’heur de recevoir la petite culotte de Madonna, lancée par l’« artiste » à ses « fans », lors d’un concert en faveur du Bien, en 1987… La petite culotte de Madonna comme hostie des « valeurs républicaines » et ciment du « vivre ensemble ». Tout va bien, citoyens !

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L’époque ne nous épargnera rien. Sur ce point, comme sur pas mal d’autres, je suis à 100% en accord avec Richard Millet. Hier, je crois, alors que je traînassais, occupé à rédiger un billet avec la télévision en fond sonore, un reportage diffusé pendant le JT de 20 heures a attiré mon attention. Un instant j’ai cru à une bouffonnerie comme savaient en produire Les Inconnus, mais non, nous étions en plein journal télévisé, c’était donc une info « sérieuse », oui, les guillemets s’imposent, vous allez comprendre.

Un journaliste nous apprenait donc que la municipalité de Paris avait décidé de débarrasser les différents mémoriaux dédiés aux victimes des attentats du 13 novembre. A l’image, on pouvait voir des employés de la propreté de Paris ramasser fleurs et bougies, celles-ci devant, pour cause d’hygiène partir à l’incinération. Jusque-là, rien que de très normal, et on s’étonne de ce que cela puisse apparaître dans un journal télévisé. Mais le plus cocasse restait encore à venir, et cela n’a pas manqué d’arriver, hélas.

Plan suivant, nous voyons des types, mains gantées de latex, comme des experts de la police scientifique, affairés avec toutes les précautions imaginables prises lorsqu’il s’agit de relever un indice capital, à collecter les messages, dessins et autres niaiseries laissés sur ces mémoriaux, ces derniers étant déposés dans des caissettes en bois. Pendant que les images défilent, la voix du journaliste explique qu’il s’agit d’employés du service des archives de la ville de Paris.

Plan suivant, un gazier dont je ne me souviens plus du nom, certainement un obscur sous-chef de bureau des dites archives, nous explique que ces témoignages vont être pieusement conservés, qu’ils vont connaître un traitement digne des plus vieux manuscrits pour leur préservation, ce qui permettra ensuite d’en dresser un catalogue, le tout étant destiné aux futurs chercheurs, qui soyons en assurés, se bousculeront au portillon pour découvrir des poèmes niaiseux, des « même pas peur », et autres imbécillités, symboles éminents de notre lamentable époque.

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Une réflexion sur “Bataclan, Madonna, mémoriaux et autres signes de notre décadence

  1. La bouffonnerie en effet: le graffiti niaiseux au fond de latrines de Pompéi élevé à la valeur de vestige historique.
    De mon côté, j’ai observé ceci, en tête de caisse d’un hypermarché: le magazine télémerdouille titrant en page de garde: « Il est le réalisateur de ‘La Petite Histoire de France’ – Jamel Debbouze – Attention Stephan Bern on arrive! ».

    Ca promet.
    Probablement de belles histoires à base de vivrensemble, de tolérance et de vils despotes pédonazi ? De toute manière, j’ai pas la télé! 😛

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