Aux armes citoyens, la laïcité est en danger

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Marion Maréchal-Le Pen, dans un entretien publié dans le quotidien Présent du 21 novembre dernier affirme : « Il faut accepter de définir et de revendiquer quel est notre héritage et quelle est notre identité. Ça passe par l’affirmation de notre héritage gréco-romain et chrétien. Il faut dire que la France est une terre culturellement et très longtemps spirituellement chrétienne. » Rien de bien extraordinaire là-dedans. En tout cas rien de bien nouveau puisque depuis des lustres, les gens de droite et les gens de gauche sensés, ne disent rien d’autre que ce qui a été formulé par Ambroise de Milan : « si fueris Romae, Romano vivito more; si fueris alibi, vivito sicut ibi. » (Si tu es à Rome, vis comme les Romains; si tu es ailleurs, vis comme on y vit.

Aussitôt, des journalistes appointés se sont émus de l’affirmation de ce qui n’est qu’un principe de bon sens. Les plus véhéments se sont même laissés aller à affirmer que cela remettait le vivre-ensemble en question, et que la laïcité était menacée par la candidate du Front National pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Etant entendu que cette dernière ne souhaite rien tant que de voir la loi de 1905 remise en question, le tout pour redonner au catholicisme la place qui était la sienne. Il n’est pas jusqu’à l’andouille de Matignon pour agiter le spectre des guerres de religion : « Ils veulent retourner avant 1905, retourner vers ces guerres de religions qui sont autant de cicatrices profondes dans l’histoire de notre Nation. » Et ce sont ces mêmes clowns qui portent ensuite des accusations de populisme, d’abaissement du débat, d’arnaque, de mensonge, etc. La paille, la poutre, une histoire vieille comme le monde.

Seulement voilà, en Europe, le régime de religion d’Etat prévaut dans six pays: le Danemark, la Finlande, la Norvège, la Grèce, la Grande-Bretagne (anglicanisme en Angleterre, presbytérianisme en Ecosse) et Malte. Sans oublier la Principauté de Monaco et le Vatican. D’autres pays connaissent un régime concordataire : Allemagne, Autriche, Espagne, Italie, Portugal, Luxembourg, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie et l’Alsace-Moselle qui je vous l’accorde ne sont que des régions françaises. je n’ai pas souvenir que dans ces pays ce soit l’anarchie, que les gens se tapent sur la gueule parce qu’untel porte une kippa, l’autre une croix, le dernier une barbe de prophète avec la chachia sur la tête.

La laïcité à la française, c’est comme les valeurs de la république, c’est un machin creux, dont on ne sait pas trop bien à quoi cela peut ressembler, que tout le monde invoque pour avoir l’air d’un vrai de vrai, un pur, un dur, un tatoué. Alors qu’il suffirait d’avoir une seconde d’honnêteté, comme peu en ont eu, Vincent Peillon par exemple*, pour reconnaître que la laïcité c’est un truc qui a été monté pour taper sur la gueule des cathos. D’ailleurs les vrais gauchos bien rouges ne s’en cachent pas, ils disent pis que pendre de tout ce qui porte une croix, alors que dans le même temps ils sucent les babouches jusqu’à se rendre ridicules en allant foutre le boxon dès qu’il y a une manifestation musulmane à Paris. Qu’elle crève donc cette laïcité, que l’on écrase enfin l’infâme. Elle a été l’alibi pour remiser le corpus moral qui a permis à la société française d’exister, d’être viable et vivable. Elle est l’alibi utilisé par ceux qui ne désirent rien d’autre que la guerre larvée de tous contre tous, vicieuse version du vieil adage populaire « diviser pour mieux régner. »

D’ailleurs, lorsque les « beaux esprits » parlent de laïcité, ils oublient de préciser que celle-ci peut prendre plusieurs formes. En fait, la version « à la française » n’existe que chez nous. Étrange, non ? Bien des pays de par le monde sont laïcs, pourtant on peut voir des religieux s’inviter dans les débats publics, intervenir à la tribune des parlements, sans pour autant être traités de tous les noms et, plus étrange encore pour un républicon hexagonal, être écoutés. Sur la nature de ces différences, je laisse la parole à Rocco Buttiglione (Politique Internationale n°108, été 2005) : « Il y a deux types de laïcité. Le premier part du principe que l’État ne sait pas quelle est la vraie religion et n’a donc pas autorité pour entrer dans un débat théologique. S’il pense que toute croyance religieuse est positive parce qu’elle engendre des valeurs utiles à la société, alors il se montre amical envers les religions. Et aussi envers toutes les sociétés philosophiques. L’État a besoin de valeurs, mais il ne les produit pas. Il doit les importer. Or qui produit des valeurs ? Des Églises et des écoles de pensée. L’autre type de laïcité conduit aux jacobins, ou plutôt à un Jean-Jacques Rousseau lu et interprété par les jacobins, au Rousseau du Contrat social, mais pas à celui de La Nouvelle Héloïse. Cette laïcité-là veut que l’État ait sa propre religion civile chargée de produire les valeurs dont il a besoin. C’est, selon ce principe, la seule religion vraiment importante. Le citoyen peut en avoir une deuxième, voire une troisième. Mais il vaudrait mieux qu’il n’en ait point. Aussi l’État considère-t-il les autres religions avec agacement, préoccupation et même hostilité. Selon cette théorie, tout ce que la société contient de bon figure dans la religion civile. Rappelez-vous le calife qui a fait brûler la bibliothèque d’Alexandrie après la conquête de la ville. Il expliquait sa décision ainsi : soit ces livres contiennent la même chose que le Coran et alors ils ne servent à rien ; soit ils contiennent des choses différentes et alors ils sont nuisibles. Ce type de raisonnement est encore vivace à notre époque. Nombreux sont ceux qui adhèrent à une telle logique : soit les religions disent les mêmes choses que la religion civile et alors elles sont superflues ; soit elles en contiennent d’autres et alors elles sont néfastes.« 

*« On a laissé le moral et le spirituel à l’Église catholique. Donc il faut remplacer ça : on ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique. Mais comme on ne peut acclimater le Protestantisme en France.., il faut inventer une religion républicaine. […] Ce qui manque au socialisme pour s’accomplir comme la pensée des temps nouveaux, c’est une religion nouvelle : donc un nouveau dogme, un nouveau régime, un nouveau culte doivent surgir, afin qu’une nouvelle société prenne la place de l’ancienne. […] Toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église. Non pas seulement l’Église catholique, mais toute Église et toute orthodoxie. […] Cette nouvelle religion est nécessaire pour  conquérir l’espace laissé par la Révolution française à l’Église, dans le domaine de la foi et de la spiritualité, pour assurer « la victoire finale» de la révolution. Et cette révolution spirituelle, qui doit accompagner la révolution matérielle, c’est la laïcité. C’est pour cela qu’on a pu parler de foi laïque, de religion laïque. »

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8 réflexions sur “Aux armes citoyens, la laïcité est en danger

  1. Bravo.
    Et ce sont les mêmes qui ne seront pas choqués qu’un de nos politicards aille en Algérie ou au Maroc reconnaître et louer l’histoire et les traditions ancestrales de ces pays, comme ils ne se privent pas de le faire à chaque fois qu’ils vont serrer la pince à leurs dirigeants .
    On crache sur ces valeurs dans notre pays pour aller louer ces mêmes valeurs ailleurs.
    Peut on voter pour des gens qui passent leur temps à trahir notre histoire ?

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    • Ne prenez pas mal ce commentaire ma chère Marie, ce n’est pas un reproche qui vous est adressé mais à mes contemporains, mais j’aimerais bien que l’on cesse d’employer le terme « valeurs » sans arrêt. C’est une manie exaspérante. Avant on parlait du bien, de la vérité, des traditions, aujourd’hui tout le monde parle de « ses » valeurs comme s’il n’y avait plus de socle intangible. « Nos valeurs », c’est à dire qu’elles ne sont pas celles des autres, comme ces fameuses de la république, que personne n’a jamais pris la peine d’énoncer par peur du ridicule. « Nos valeurs » nous fait entrer dans le monde du négoce, « nos valeurs » valent plus que telles ou telles, elles ne valent que parce qu’il y a évaluation. Les valeurs sont la porte ouverte sur le relativisme et l’idéologie, vrais ennemis de la vérité et du bien.

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