il n’y aura jamais de rupture entre la police et la justice

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C’est en tout cas ce qui a été affirmé aujourd’hui par le Premier ministre lors d’une conférence de presse. Qu’il était beau, encadré par deux endives inexpressives au delà du raisonnable : le Garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur. Le ton se voulait grave et solennel, les gestes mesurés et calculés pour donner l’illusion de la conviction et de la fermeté. Mais la montagne a accouché d’une souris. Certes, on va se pencher sur la paperasse et tenter de l’alléger, on va alourdir les peines pour l’achat, la détention et la vente d’armes de guerre, mais mis à part une possible révision des conditions d’attribution des permissions de sortie, rien de véritablement concret n’a été annoncé pour tenter de remédier aux vrais problèmes. Car problèmes il y a. Et pas qu’un peu s’il vous plait.

Bon an, mal an, il y a chaque année entre 80.000 et 100.000 condamnations à des peines de prison de moins de deux ans qui ne sont pas exécutées. À ce jour, les prisons françaises comptent 76.008 personnes sous écrou dont seulement 65.544 sont incarcérées, le tout pour 57.810 places. Et bien entendu, il n’est pas à l’ordre du jour de lancer un grand programme de construction de prisons, ce qui pourrait offrir l’avantage de prévoir un ou plusieurs établissements de haute sécurité dédiés aux criminels les plus dangereux et aux terroristes, de réserver une ou plusieurs maisons d’arrêt pour les petits délinquants afin de leur éviter la promiscuité avec les plus chevronnés, de construire un véritable centre hospitalier pénitentiaire digne de ce nom, et de réserver un établissement psychiatrique pénitentiaire pour tous les psychopathes et autres délinquants sexuels. Au passage, il n’existe toujours pas en France de cycle de formation à la psychiatrie criminelle, a contrario de ce qui se fait dans de très nombreux pays.

Mais le fond du problème, c’est le divorce réel, quotidiennement constaté par les policiers, avec la magistrature, ou tout au moins une partie non négligeable de celle-ci. Cela n’est pas arrivé par hasard, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, mais par une lente intoxication de ce corps par l’idéologie, de gauche bien entendu. En 1954, Marc Ancel, magistrat, président de chambre honoraire à la Cour de cassation, et théoricien du droit, publie un ouvrage intitulé « La Défense sociale nouvelle, un mouvement de politique criminelle humaniste ». Dans ce livre, il propose de refonder l’ensemble du système pénal en le faisant reposer sur la défense des droits de l’Homme et non plus sur celle de la Société. Peu de personnes parmi le grand public ont entendu parler de ce type et de son bouquin, mais après le 10 mai 1981 sans le savoir, ils ont pu découvrir les effets de cette « défense sociale nouvelle », puisqu’elle a inspiré l’action de Robert Badinter, avec le succès que l’on connait.

Les événements de mai 68 ont permis aux diverses théories gauchistes de pénétrer encore plus avant divers corps d’Etat, il était donc illusoire d’imaginer que la magistrature allait échapper à la contamination. De fait, le 8 juin 1968 (ils n’ont guère perdu de temps les bougres), naît le Syndicat de la magistrature. Très rapidement, nombre de ses membres écrivent des articles et tribunes dans diverses publications d’extrême gauche : Rouge, Révolution, La Cause du peuple. Ce qui n’empêche pas ces derniers, sans rire le moins du monde, de prétendre rendre la justice de manière indépendante et bien entendu impartiale. Pour vous donner une petite idée de ce qui trottait et continue de trotter dans la caboche de ces gauchistes, je vous invite à lire le texte ci-dessous, connu sous le nom de « harangue d’Oswald Baudot à des magistrats qui débutent« . Rédigé en 1974 par le substitut du Procureur de Marseille, il s’adresse aux 130 sortants de l’école de la magistrature, et résume parfaitement l’état d’esprit de ceux qui font partie de ce syndicat ou ont de la sympathie pour les idées qu’il défend :

« Vous voilà installés et chapitrés. Permettez-moi de vous haranguer à mon tour, afin de corriger quelques-unes des choses qui vous ont été dites et de vous en faire entendre d´inédites.

En entrant dans la magistrature, vous êtes devenus des fonctionnaires d´un rang modeste. Gardez-vous de vous griser de l´honneur, feint ou réel, qu´on vous témoigne. Ne vous haussez pas du col. Ne vous gargarisez pas des mots de  » troisième pouvoir « de  » peuple français « , de  » gardien des libertés publiques « , etc. On vous a dotés d´un pouvoir médiocre : celui de mettre en prison. On ne vous le donne que parce qu´il est généralement inoffensif. Quand vous infligerez cinq ans de prison au voleur de bicyclette, vous ne dérangerez personne. Évitez d´abuser de ce pouvoir.

Ne croyez pas que vous serez d´autant plus considérables que vous serez plus terribles. Ne croyez pas que vous allez, nouveaux saints Georges, vaincre l´hydre de la délinquance par une répression impitoyable. Si la répression était efficace, il y a longtemps qu´elle aurait réussi. Si elle est inutile, comme je crois, n´entreprenez pas de faire carrière en vous payant la tête des autres.

Ne comptez pas la prison par années ni par mois, mais par minutes et par secondes, tout comme si vous deviez la subir vous-mêmes.

Il est vrai que vous entrez dans une profession où l´on vous demandera souvent d´avoir du caractère mais où l´on entend seulement par là que vous soyez impitoyables aux misérables.

Lâches envers leurs supérieurs , intransigeants envers leurs inférieurs, telle est l´ordinaire conduite des hommes. Tâchez d´éviter cet écueil. On rend la justice impunément : n´en abusez pas.

Dans vos fonctions, ne faites pas un cas exagéré de la loi et méprisez généralement les coutumes, les circulaires, les décrets et la jurisprudence. Il vous appartient d´être plus sages que la Cour de cassation, si l´occasion s´en présente. La justice n´est pas une vérité arrêtée en 1810.

C´est une création perpétuelle. Elle sera ce que vous la ferez. N´attendez pas le feu vert du ministre ou du législateur ou des réformes, toujours envisagées. Réformez vous-mêmes. Consultez le bon sens, l´équité, l´amour du prochain plutôt que l´autorité ou la tradition.

La loi s´interprète. Elle dira ce que vous voulez qu´elle dise. Sans y changer un iota, on peut, avec les plus solides  » attendus  » du monde, donner raison à l´un ou à l´autre, acquitter ou condamner au maximum de la peine. Par conséquent , que la loi ne vous serve pas d´alibi.
D´ailleurs vous constaterez qu´au rebours des principes qu´elle affiche, la justice applique extensivement les lois répressives et restrictivement les lois libérales. Agissez tout au contraire. Respectez la règle du jeu lorsqu´elle vous bride. Soyez beaux joueurs, soyez généreux : ce sera une nouveauté !

Ne vous contentez pas de faire votre métier. Vous verrez vite que pour être un peu utile, vous devez sortir des sentiers battus. Tout ce que vous ferez de bien, vous le ferez en plus. Qu´on le veuille ou non, vous avez un rôle social à jouer. Vous êtes des assistantes sociales. Vous ne décidez pas que sur le papier. Vous tranchez dans le vif. Ne fermez pas vos cœurs à la souffrance ni vos oreilles aux cris.

Ne soyez pas de ces juges soliveaux qui attendent que viennent à eux les petits procès. Ne soyez pas des arbitres indifférents au-dessus de la mêlée. Que votre porte soit ouverte à tous. Il y a des tâches plus utiles que de chasser ce papillon, la vérité, ou que de cultiver cette orchidée, la science juridique.

Ne soyez pas victime de vos préjugés de classe, religieux, politiques ou moraux. Ne croyez pas que la société soit intangible, l´inégalité et l´injustice inévitable, la raison et la volonté humaine incapables d´y rien changer.

Ne croyez pas qu´un homme soit coupable d´être ce qu´il est ni qu´il ne dépende que de lui d´être autrement. Autrement dit, ne le jugez pas. Ne condamnez pas l´alcoolique. L´alcoolisme, que la médecine ne sait pas guérir, n´est pas une excuse légale mais c´est une circonstance atténuante. Parce que vous êtes instruits, ne méprisez pas l´illettré. Ne jetez pas la pierre à la paresse, vous qui ne travaillez pas de vos mains. Soyez indulgents au reste des hommes. N’ajoutez pas à leurs souffrances. Ne soyez pas de ceux qui augmentent la somme des souffrances.

Soyez partiaux. Pour maintenir la balance entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, qui ne pèsent pas d´un même poids, il faut que vous la fassiez un peu pencher d´un côté. Examinez toujours où sont le fort et le faible, qui ne se confondent pas nécessairement avec le délinquant et sa victime. Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l´enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l´ouvrier contre le patron, pour l´écrasé contre la compagnie d´assurance de l´écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice.

Ayez un dernier mérite : pardonnez ce sermon sur la montagne à votre collègue dévoué. »

En clair, ces quelques lignes montrent bien que l’objectif est de transposer la lutte des classes dans les tribunaux. En fait d’impartialité, ce que proposent ces gens n’est ni plus ni moins qu’une justice politique et partiale. L’inénarrable Mélenchon n’aurait su mieux dire.

« Bon, c’est bien gentil, mais tout ça c’est de l’histoire ancienne« , me direz-vous. Vous avez le droit d’y croire, mais avez-vous jamais vu un gauchiste reculer, admettre ses erreurs, faire amende honorable ? Non, une fois que la porte a été entrouverte, c’est fini, le doigt est dans l’engrenage, et phalange après phalange, la main entière sera broyée, puis le bras. Vous doutez ? Regardez donc l’image ci-dessous. Il s’agit de la couverture d’une brochure rédigée en 2001 par Clément Schouler, vice-président du Syndicat de la magistrature. On peut voir en quelle estime ces gens tiennent les policiers, la délicatesse du dessin en atteste.

vos papiers

Croyez-vous réellement que Valls, Cazeneuve et Taubira soient si éloignés que cela du corpus idéologique des magistrats, qui au nom d’une justice « sociale », prononcent à répétition des peines avec sursis, à tel point qu’il n’est pas rare de tomber sur des individus qui cumulent plus d’une dizaine de condamnations et continuent de parcourir librement les rues de nos villes ? Bien sûr, ils affectent la prise de distance d’avec ces gens-là, ils manient le verbe rassurant, ils affectent la fermeté, mais le résultat est là. Il ne se passe pas de semaine sans qu’un nouveau fait divers vienne s’ajouter à la longue théorie de ses précédents. Et ce sont les victimes qui paient la note, que ce soit de paisibles citoyens qui ne demandaient qu’à vivre tranquillement, ou des policiers qui dans le meilleur des cas seront blessés plus ou moins grièvement.

Le 19 septembre 2012, l’actuel Garde des Sceaux n’avait-il pas publié une circulaire de politique pénale dans laquelle il était clairement précisé que l’incarcération devait relever de l’exception : « Le recours à l’incarcération doit être limité aux situations qui l’exigent strictement. » ? Dans ce même texte, il était demandé aux Procureurs de veiller « à l’état de surpopulation carcérale existant dans les établissements de votre ressort« , rompant ainsi avec la tradition qui voulait qu’un procureur tenant compte de cela dans ses réquisitions se voyait tancé par la Chancellerie. En clair, on demande à ces messieurs de veiller à envoyer le moins de monde possible dans les établissements pénitentiaires.

Tous ces principes ont-ils été remis en question lors de l’allocution de Manuel Valls ? Non, bien évidemment.

On peut donc, sans trop se tromper, estimer que le gouvernement se fout ouvertement de ses policiers mais également de la population. La rupture est consommée, non seulement entre les policiers et la justice, mais également avec le bon peuple de France qui en a plus qu’assez de subir les quasi-libres agissements de la voyoucratie, des détraqués sexuels, des psychopathes meurtriers, qui bénéficient d’une mansuétude certaine de la part des gens de gauche.

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8 réflexions sur “il n’y aura jamais de rupture entre la police et la justice

    • Tout à fait. Autre point intéressant, à chaque rares fois où un Garde des Sceaux a tenté d’infliger une sanction disciplinaire à un membre de ce syndicat, il s’est retrouvé face à une mobilisation quasi-gènèrale des magistrats, tous syndicats confondus. Le SM est peut-être le fer de lance, mais il y a une porosité de son idéologie dans tout le corps.

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  1. Il est très intéressant de lire dans son intégralité (du moins je suppose que c’est le cas) ce texte si souvent cité, mais seulement dans son avant-dernier paragraphe.

    Au passage, si l’on veut bien faire l’effort de le considérer avec les yeux de l’époque et non de la nôtre, afin de ne pas tomber dans la faute si fréquente d’anachronisme, on verra qu’en dehors de fonder la partialité de la justice de gauche actuelle, il contient aussi certains conseils tout à fait judicieux.

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    • Certes, et c’est là tout l’art de la gauche que de savoir enrober son poison d’une couche sucrée afin d’en masquer l’amertume.

      Pour ma part, ma religion est faite, un bon gauchiste est un gauchiste mort.

      Sinon, concernant le texte, il est effectivement reproduit dans son intégralité.

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  2. « Ne le jugez pas! » Tout est dit, là, pas la peine d’aller plus loin, on est là pour faire rendre gorge aux bourgeois et voilà tout. Ce n’est pas du tout de l’histoire ancienne, c’est ainsi que notre « Justice » fonctionne et nous le constatons tous les jours. Et ce ne sont pas les trois rigolos en question qui vont y changer quelque chose, bien au contraire.

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