Rassurer les investisseurs : mission impossible.

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De prime abord on pourrait croire que ce sont des clichés montrant des « migrants » cherchant à entrer en Europe, ou qui tentent de pénétrer dans le tunnel sous la Manche. Non, ces images sont celles du DRH et du directeur d’Air France fuyant les « négociations » avec les syndicats de l’entreprise. Je gage que ces photographies ne vont pas rassurer les potentiels investisseurs étrangers à venir en France. Et cela pose, une fois encore, hélas, le problème des syndicats français.

Petit rappel historique. Au sortir de la seconde guerre mondiale la France a mis en oeuvre la plateforme sociale du Conseil National de la Résistance, qui était vérolé par les communistes. De fait, certains syndicats sont réputés représentatifs des salariés. Qu’importe si le total de tous les adhérents ne dépasse guère les 8% des salariés, leur voix est celle de tous les travailleurs. Qu’importe s’ils défendent des positions indéfendables qui conduiront à la mort de l’entreprise et à la mise au chômage de ceux qu’ils prétendent défendre. Ils sont représentatifs contre vents et marées, en dépit de la raison. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, ça ne choquera personne ou presque. Ainsi, lorsqu’une centrale syndicale appelle, en 2012, ouvertement à voter pour le candidat socialiste, l’exercice ne semble déranger grand monde. Le mélange des genres est patent, mais les syndicats sont intouchables. Ils peuvent aussi taper dans la caisse, être condamnés pour cela, pas grave, ils sont représentatifs.

Exit la question de la légitimité. Pourtant si un président était élu avec seulement 8% des voix qui composent l’ensemble du corps électoral, sa légitimité serait aussitôt questionnée, tout comme celle de l’ensemble du corps politique qui aurait réussi à mobiliser le parti de l’abstention à ce niveau. Mais là, la question ne se pose pas, les syndicats français sont une de ces fameuses exceptions françaises qui ne doivent pas être remises en cause. Et ce ne sont pas de telles démonstrations qui vont pousser les salariés non inscrits à se précipiter pour obtenir leur carte.

Maurice Taylor, le fameux PDG de Titan qui devait reprendre l’usine Goodyear d’Amiens doit bicher à la vue de ces images. Car il avait vu le problème et avait eu l’audace de le poser publiquement. Soulevant une vague de protestations de la part des syndicats et des politiciens de tout bord. Tant qu’un politicien ne s’attaquera pas à ce bastion pour le réformer afin de passer du syndicalisme de représentation au syndicalisme d’adhésion, la France continuera d’agoniser, de soubresauts en soubresauts, de moins en moins vifs.

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14 réflexions sur “Rassurer les investisseurs : mission impossible.

    • La CGT Publicis ferait mieux de se montrer un peu plus offensive avec les patrons du plus grand groupe de publicité européen. En effet, cela va faire 5 ans que les salaires n’ont pas été augmentés alors que les finances se portent fort bien, puisque le groupe achète ses concurrents bon an, mal an, sans parler des très confortables dividendes que perçoivent les actionnaires. En fait, il n’y a guère que la direction et les cadres supérieurs qui voient leurs émoluments évoluer, le petit personnel doit se la mettre derrière l’oreille et la fumer plus tard. Assez bizarrement, la CGT Publicis ne monte pas au créneau. De là à penser qu’ils sont achetés par la direction, il y a un pas que je n’oserai franchir, d’abord parce que je n’ai pas mauvais esprit, ensuite parce que je ne veux pas me retrouver avec une plainte sur le dos.

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      • Oui, ce qui à mes yeux confirme deux choses à propos du système :

        – la république ne fonctionne que grâce à la corruption, quelle que soit la forme.
        – le suffrage universel est un dispositif diabolique qui permet ce genre d’élection, ou celle des Balkany, Juppé, Mellick, etc.

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    • Dans le cas d’Air France, je suis plus mitigé. Cette compagnie cumule les handicaps : elle a un personnel pléthorique en regard des autres, ses pilotes sont ceux qui totalisent le moins d’heures de vol par an, son personnel est le mieux payé, elle a loupé le virage du low-cost, elle a loupé le passage des vols de luxe, elle dessert moitié moins de destinations que British Airways (par exemple), et elle collectionne les déficits depuis plusieurs années.

      Ce qui se passe est emblématique de l’état d’esprit du salariat français syndicalisé, les employés ne veulent pas consentir le moindre effort pour sauver l’entreprise donc leurs emplois. Alors oui, il y a une faute évidente de la part de la direction qui s’est montrée incapable de s’adapter aux évolutions du marché, mais cela ne doit pas masquer le fait qu’elle n’a pas été aidée par des syndicats qui ne veulent jamais rien lâcher. Car quoi, on demande juste un aller-retour supplémentaire par mois aux pilotes qui ne font que 585 heures de vol par an contre 750 chez British Airways, 840 chez Lufthansa, 850 chez Iberia. Pour mémoire, le salaire d’un pilote Air France est de 14.000€, 11.166€ chez KLM, 9.165€ chez Lufthansa, 6.400€ chez British Airways, et 2.900€ chez Iberia. Si personne ne trouve la bronca syndicale indécente, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle et prendre sa place dans le cortège funèbre de la maison France.

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      • Ce qui ce passe est à la rigueur emblématique de l’entreprise Air France mais cet exemple ne peut en aucun cas être comparé aux autres entreprises dans lesquelles les salariés souffrent bel et bien au nom de la recherche de toujours plus de compétitivité pour le bénéfice des actionnaires.
        Vous ne pouvez nier cette vérité, ce serait une forme de cynisme.

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        • « Comment est-ce arrivé ? Qui est à blâmer ? Bien sûr, il y a ceux qui sont plus responsables que les autres et qui devront en rendre compte mais… Encore dans un souci de vérité, si vous cherchez un coupable, regardez simplement dans un miroir. »
          V pour Vendetta

          Qui a porté au pouvoir des hommes qui ont permis que ce genre de choses puisse arriver ? Car si on regarde en arrière, des actionnaires il y en a toujours eu, mais leur rapacité était rare. Certes, ils percevaient rétribution pour leurs investissements, le risque pris ça se paie, quoi que puissent en penser les pousse-mégots qui hurlent dans les micros, mais les fortunes étaient moins extravagantes et surtout ne s’exposaient pas à la une des journaux, et dans les colonnes des magazines populaires avec le goût exquis qu’on leur connaît actuellement. A un moment donné, il y a eu une fracture, celle des années fric, du bling-bling triomphant, et ceux qui ont suivi ont persisté dans cette voie avec la bénédiction de ces mêmes électeurs qui aujourd’hui gueulent à l’obscénité.

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