Stéphane Zanettacci et le capitaine Dominique Borella ont fait des émules

Ces Français qui veulent prendre les armes contre Daech

Des Occidentaux qui ont rejoint le groupe armée Dwekh Nawsha attendent dans les locaux du parti politique assyrien à Dohuk, en Irak le 15 février 2015.

TÉMOIGNAGES – Ils cherchent à partir en Irak ou en Syrie et se renseignent sur les réseaux sociaux auprès de milices chrétiennes, qui leur promettent de protéger les chrétiens persécutés par les djihadistes.

C’est un mouvement émergent qui commence à gagner l’Hexagone. Horrifiés par les massacres perpétrés par Daech à l’encontre des chrétiens d’Orient, des Français cherchent à rejoindre des milices chrétiennes pour combattre l’État islamique en Irak ou en Syrie. À première vue, pas de profil type pour ces nouvelles recrues de l’anti-djihad qui disent s’engager bénévolement: ces candidats d’un nouveau genre sont à la retraite ou ont à peine la vingtaine. Ils n’ont jamais eu d’arme entre les mains, ou au contraire, ont déjà suivi un entraînement militaire. Mais tous se disent déterminés à lutter contre «la barbarie de l’État islamique». Témoignages.

Martin* a presque 60 ans. Ce sous-officier à la retraite, qui a passé 18 ans dans l’armée française, se dit «déterminé» à partir pour «aider les chrétiens d’Irak et de Syrie». «Dans les années 1990, quand j’ai vu ce qu’il se passait au Rwanda, je suis parti m’engager dans une ONG. Aujourd’hui ce qu’il se passe là-bas c’est pareil, on ne peut pas laisser massacrer sans rien faire». Il ne se dit pas assoiffé de sang ou sur la trace d’une quelconque «croisade», mais affirme vouloir simplement «former des jeunes chrétiens à l’autodéfense», pendant «un à trois mois». «Je l’ai déjà fait pour des troupes africaines récemment. Je cherche à gagner une zone de combat ou un camp d’entrainement pour apprendre à ces gens à se défendre face aux atrocités de l’État islamique». Séparé et père d’une fille de 27 ans, il se dit prêt à partir du jour au lendemain. «Je suis déterminé», assure-t-il. Il a contacté la Syriac Military Council (une milice chrétienne fondée par un Suisse) en leur proposant de rejoindre leurs rangs.

Un combat «humanitaire» avant tout

Ancien sous-officier de l’armée, Victor*, 27 ans compte également enseigner le maniement des armes au sein de cette même milice. Contacté par La Dépêche du Midi, ce rugbyman du Tarn-et-Garonne dit vouloir partir environ deux mois. Habitué à partir en Opex (Afghanistan, Kosovo, Afrique…), il laissera derrière lui une compagne et une petite fille. Pour justifier sa décision, il évoque «la barbarie, les actes de cruauté de l’État islamique. Ce n’est pas concevable de se faire tuer pour sa religion, qu’on soit chrétien, juif ou musulman». Lui se dit de confession chrétienne, mais plutôt athée. La religion n’est pas le moteur de son engagement. Son combat se veut «humanitaire» avant tout. Comme Martin, il réfute le terme de «croisade». «Je ne suis pas un fou de guerre. Je ne compte pas à moi tout seul régler le problème», insiste l’ancien militaire, dont le projet doit se concrétiser dans un mois.

Ecusson de la milice chrétienne Dwech Nawsha. Crédit photo: Facebook

Dans le département voisin, Christophe Cattier, 42 ans, serait «très heureux» de rejoindre le groupe «Dwekh Nawsha». Cette milice chrétienne d’une centaine de combattants a été formée dans le but de défendre les chrétiens d’Irak des persécutions de l’organisation État islamique (EI). Pour cet agent de sécurité au chômage, il est «urgent de s’engager»: «Les frappes aériennes menées par la coalition internationales sont inefficaces et, pendant ce temps-là, des chrétiens sont massacrés, explique cet habitant du Tarn. Je pense qu’il faut que nous ayons des troupes au sol. Et comme aucun pays ne veut y aller, il faut bien des volontaires pour aller défendre ces populations». Christophe n’a pourtant jamais fait la guerre, ni manié les armes. «Mais je n’ai pas peur d’aller me battre, je sais que j’apprendrai sur place», pense ce catholique non pratiquant qui est entré en contact avec la milice chrétienne via Facebook.

Des recrues du monde entier

L’organisation armée «Dwekh Nawsha»- expression araméenne qui signifie «futurs martyrs» – compte actuellement dans ses rangs plusieurs «combattants» occidentaux, comme Tim Locks, 38 ans, cet Anglais qui a tout plaqué pour se battre contre Daech. Sur le terrain, elle appuie l’armée kurde et défend les villages chrétiens menacés par l’État islamique. Sur les réseaux sociaux, le groupe attire des recrues venues du monde entier. Parmi eux, plusieurs Français se renseignent: «Comment fait-on pour rejoindre votre groupe?», demande l’un d’eux. «Y a-t-il beaucoup de Français?», interroge un autre. «Sur le départ oui! Là-bas très peu pour l’instant mais beaucoup plus pour les mois à venir!», répond le responsable de la page Facebook.

Christophe Cattier a souhaité s’engager après avoir regardé plusieurs reportages sur ces volontaires qui partent combattre Daech. «Je sais que je vais devoir payer l’armement et mon équipement, par contre, le logement et la nourriture sont pris en charge par l’organisation», explique le quadragénaire. Pour financer son départ, il compte sur ses petites économies. Combien de temps souhaite-t-il partir? «Ça peut être 6 mois, un an, trois ans… Tant qu’il y aura de la résistance, je serai là», assure celui qui est aussi père de deux adolescents. «Je le fais pour mes enfants et pour tous les chrétiens. Ma priorité est de faire cesser le massacre et je suis prêt à sacrifier ma vie pour ça», insiste-t-il. Pour l’heure, ses enfants ne sont pas encore au courant, mais il est persuadé qu’ils approuveront son choix.

S’installer et se marier en Syrie

Originaire de la région parisienne, Bastien s’est engagé il y a trois semaines. Converti depuis peu au christianisme, le jeune homme de 24 ans pense partir en Syrie, au plus tard dans quelques mois, «pour la grande offensive sur Mossoul lancée par les Peshmergas (combattants kurdes, NDLR) et soutenue par les Américains, en juin prochain», raconte-t-il dans les colonnes du quotidien Midi Libre. Mais une fois sur place, ce dernier ne compte pas revenir en France. Son souhait: s’installer en Syrie ou en Irak, se marier et avoir des enfants. «Je ne me sens pas bien en France, justifie-t-il. Si c’est pour me lever tous les matins et allumer la télévision pour voir des gens se faire massacrer, cela ne sert à rien. Il y a eu l’effet Charlie Hebdo du 11 janvier, et après? Plus rien. En France on nous parle de liberté d’expression, mais elle n’existe pas.»

La formation d’une «internationale» chrétienne pour aller secourir ou défendre des chrétiens à l’autre bout du monde n’est pas une première. Lors de la guerre du Liban à la fin des années 1970, des Français provenant notamment des rangs de l’extrême-droite étaient partis prêter main forte aux phalanges chrétiennes de Kataëb. Ce fut le cas de façon plus marginale dans les années 1990 dans les milices pro-croates lors du conflit des Balkans.

Ces «croisés», encore peu nombreux, sont-ils le miroir inversé des jeunes djihadistes partis combattre dans les rangs de Daech? Sans les mettre sur le même plan, Myriam Benraad, chercheuse à Sciences-Po et à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM), parle de «symétrie». «Il existe une sacralisation du combat des deux côtés. On assiste à une professionnalisation de la réponse à l’État islamique, explique la chercheuse dans Le Parisien. Ils partent rejouer l’Histoire, c’est une grande aventure au nom de la religion, ils assument l’esprit de croisade». Pour Mathieu Guidère, spécialiste des groupes islamistes armés, «le simple fait qu’ils basculent dans la violence est un signe de radicalisation, quelle que soit la justification derrière», explique l’universitaire qui se dit opposé à tout départ de combattants étrangers vers la Syrie ou l’Irak. «Nous avons une armée, un gouvernement, nous ne sommes pas dans un État féodal», tient-il à rappeler, craignant que le phénomène s’amplifie dans les mois à venir. Selon lui, une dizaine de Français seraient déjà sur place.

De son côté, le ministère de l’Intérieur ne confirme aucun cas de Français partis rejoindre des milices anti-Daech. Peut-on priver de passeports les personnes qui veulent aller combattre en Syrie contre l’État islamique? En France, il n’existe pas de délit pour «combat à l’étranger». Depuis 2003, il est formellement interdit d’être mercenaire, c’est-à-dire recruté et rémunéré pour participer à un conflit dans un pays dont on n’est pas ressortissant. En revanche, rien n’interdit d’être volontaire. De fait, tout le monde a le droit de partir en Syrie ou en Irak, même si le quai d’Orsay le déconseille à tous ses ressortissants. Si les djihadistes peuvent être incriminés avant leur départ pour la Syrie ou l’Irak, c’est pour «participation à une entreprise terroriste». Tout dépend donc du groupe que le volontaire va rejoindre.

*Les prénoms ont été changés

Source : Le Figaro

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2 réflexions sur “Stéphane Zanettacci et le capitaine Dominique Borella ont fait des émules

  1. C’est très réconfortant mais hélas ça ne suffira pas à décider la communauté internationale à lancer enfin une offensive terrestre pour écraser la vermine islamiste. Ce serait pourtant la seule chose à faire!

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