Encore une petite louche de réalité ?

« Ben écoute oui, on est allé à l’endroit où le tueur a été abattu et on a tendu notre micro et voilà ce qu’on nous a répondu… » Baaaaam ! (ça, c’est le bruit de la troche qui vient de se fracasser sur le mur du réel)

Pour ma part, j’applaudis des deux mains. Deux leçons en une séquence vidéo, c’est ce que j’appelle une grosse raclée. Souvenez-vous, Paris, mois de janvier, immense manifestation en mémoire des victimes et pour la défense de la liberté d’expression. Allez, faites un petit effort de mémoire, fouillez un peu dans vos souvenirs. Mais si, à propos de la liberté d’expression. Vous ne voyez pas ? Un soi-disant comique, Dieudonné*, sort une grosse connerie d’un goût plus que douteux : « Je me sens Charlie Coulibaly« . C’est on ne peut plus crétin, c’est de la provocation gratuite, il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour oser dire le contraire, mais j’aimerais que l’on m’explique où peut bien se nicher l’apologie du terrorisme dans cette phrase. Car le gazier se retrouve au tribunal sous l’inculpation d’apologie du terrorisme. Au passage, je me permets de souligner qu’encore une fois, les indignés professionnels viennent de lui offrir une magnifique tribune, sans parler d’une belle publicité gratuite. Il y a fort à parier que cela va drainer vers son prochain spectacle le ban et l’arrière-ban des apprentis warriors urbains des banlieues. On a le public que l’on peut. Surtout lorsqu’on professe un antisémitisme grand teint qui est un des sports préféré dans les quartiers cosmopolites et interlopes. Qu’on se rassure, il y aura aussi une bonne louche d’extrême gauchistes amoureux fous de la Palestine, enfin officiellement, car cela sert surtout à masquer l’antisémitisme traditionnel de la gauche de la gauche.

La république française est un régime paradoxal qui aime cultiver la contradiction. Elle est officiellement pour la liberté d’expression, à condition toutefois qu’on prenne la peine de penser comme il est demandé. Ainsi, on peut se retrouver à la barre des accusés pour une connerie dite à haute voix ou écrite sur un mur de réseau social. En revanche, vous pouvez vous promener tranquillement dans les rues en portant un t-shirt à l’effigie d’Ernesto Guevara, el carnicerito (le petit boucher) de la Cabaña, sans que cela n’offusque qui que ce soit. Et je ne parle même pas des abrutis qui se baladent avec des t-shirts frappés de la faucille et du marteau, symbole d’une idéologie qui a à son actif un peu plus de cent millions de morts à travers le monde. Personne ne va chercher à les traduire en justice, pourtant ce qui fut pratiqué dans ces pays ce fut bel et bien du terrorisme d’état. Mieux encore, un certain nombre de pays communistes ont financé, armé, entraîné des groupes terroristes, leur fournissant aussi des bases de repli chez eux, comme ce fut le cas pour le fameux Carlos. Deux poids, deux mesures habituel.

Ordoncques, nous vivons dans un pays, qui en dépit de la praxis quotidienne des pouvoirs publics, affecte d’aimer la liberté d’expression. Les gentils bisounours du Petit Journal envoient donc un envoyé spécial au Danemark, l’autre pays des bisous, à Copenhague, histoire de voir comment les gens digèrent ce qui s’est passé. Le premier interrogé est une première, bobo bien propre sur elle, danoise jusqu’à la blondeur de sa chevelure, qui déplore le tort que cet Omar el-Hussein, djihadiste de son état, a causé à cette « magnifique religion« . Jusque là, ça va, alles ist in ordnung. Ça colle avec ce que l’on sait du Danemark : pays généreux, ouvert, tolérant, qui dépense sans compter pour intégrer les divers enrichissants. C’est dans la boîte, c’est bon, on la garde coco ! Et si on allait voir ce qui se passe dans la rue où le zigoto s’est fait buter par la police ? Et c’est là que ça commence à barrer en couille. ‘Tain, il y a des fleurs, eh mais il y a aussi des types et des gonzesses un peu chelous.

Martin, vous me confirmez, c’est bien des fleurs ? Des fleurs pour le tueur ?

Euh, oui, je confirme, des fleurs pour le tueur déposées par des habitants du quartier.

Bon, les p’tits gars de Canal + ne peuvent pas en rester là, laisser croire que les muzz sont tous des assassins en puissance. Du coup, ils décident de faire un micro-trottoir. C’est sûr et certain, les doutes vont être rapidement dissipés. Sauf qu’il y a la réalité, cette salope :

–  » Je ne condamne pas ce frère. Dans la religion islamique, le Prophète dit que si quelqu’un l’insulte on doit le tuer, c’est la règle de l’Islam. J’ai un message pour le peuple français et pour les musulmans en particulier : ici au Danemark, les musulmans se serrent les coudes. « 

–  » Cet homme a un cœur en or. Cet homme, en tant que musulman on le soutient. Les plus grands terroristes dans cette histoire, ce sont ceux qui ont offensé les musulmans. Ce sont les dessinateurs danois qui sont responsables de l’arrivée du terrorisme au Danemark, ce sont eux les terroristes. Ce mec là, c’était pas un terroriste, c’est un héros. « 

Oh, mais c’est quoi ce bordel ? C’est un gag ou quoi ?

–  » On vient d’entendre ce qui en France s’appelle l’apologie du terrorisme. Tu as trouvé ces gens facilement ? « 

– «  Ben écoute oui, on est allé à l’endroit où le tueur a été abattu et on a tendu notre micro et voilà ce qu’on nous a répondu… « 

Encore heureux que les obsèques ont eu lieu après le tournage de la séquence, parce que là, pour les bisounours du Canal +, c’était la double peine. En attendant, ils savent maintenant ce que les musulmans ont dans la tête et le coeur, et ce n’est pas franchement de l’amour. le pire dans tout ça, c’est que les types qui ont témoigné n’ont rien du djihadiste lambda. Ils ne portent pas une barbe digne d’un prophète, ils n’ont pas revêtu le traditionnel qamis, pas plus qu’ils ne sont coiffés de la chachia. Ce sont juste des types d’une banlieue cosmopolite quelconque.

Et oui mon petit Yann, au Danemark il y a une vraie liberté d’expression. Ils n’ont pas appelé au meurtre des juifs et des infidèles, ils ont juste dit ce qu’ils pensaient des actes commis par un des leurs. Ce qui n’est pas condamnable dans une vraie démocratie. Pour mémoire, je rappelle à tous les démocrates en carton, que la vraie liberté d’expression ça consiste à pouvoir librement dire des choses qui dérangent vraiment. Ce que tu défends, rebelle de pacotille, c’est juste la possibilité pour les autres de penser comme toi.

Maintenant, soyons clairs. Je ne défends en aucune façon les tarés qui trouvent du dernier chic de débarouler dans un pays pour y buter autant de monde que possible. Mais j’ai la faiblesse de croire que ce n’est pas en interdisant l’expression de certaines idées qu’on fait oeuvre productive, bien au contraire, ça pose d’emblée les rôles : le pouvoir est aux mains des salauds, détenu par des tyrans liberticides, et ceux qui se retrouvent au tribunal sont de facto de pauvres victimes du système. On voudrait rameuter tous les cons de la terre pour qu’ils s’enrôlent sous leur bannière qu’on ne s’y prendrait pas autrement. A partir de là, la machine tourne toute seule. Si on interdit certaines idées, c’est parce qu’elles recèlent au moins une part de vérité, sinon la vérité elle-même.

Ceci dit, nous n’en sommes plus là, il est trop tard pour répondre – intelligemment si possible – pied à pied à chaque argument. Ils sont des millions à vivre chez nous parce que des imbéciles internationalistes pour les uns, plus ou moins libéraux pour les autres, ont cru bon de laisser entrer n’importe qui, n’importe comment, sans prendre la plus élémentaire des précautions, à savoir leur expliquer qu’à Rome on doit vivre comme les Romains. Certes, les obsèques de Coulibaly et des frères Kouachi n’ont pas attiré la foule, mais dois-je rappeler l’énorme pourcentage des musulmans qui ont défilé le 11 janvier ? Si personne ne veut y voir un signe, c’est que nous sommes gouvernés par des aveugles ou des idéologues pour qui la réalité ne compte pas.

* à toutes fins utiles, je précise que ce type ne me fait pas rire et que je n’apprécie pas sa judéophobie; mais je lui reconnais le droit de pouvoir l’exprimer tant qu’il n’appelle pas au passage à l’acte.

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Une réflexion sur “Encore une petite louche de réalité ?

  1. La tombe d’Omar al-Hussein est rapidement devenue un lieu de pèlerinage. Logique, les martyrs sont toujours très populaires :

    Notez le geste de la main, signe de reconnaissance pour tous les admirateurs du califat.

    J'aime

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