Langage républicain

À ce qu’il paraît, la république française, indivisible, laïque, démocratique et sociale, serait opposée au communautarisme. Fort bien, mais comment ne pas douter lorsqu’à longueur d’interventions, les politiques ne cessent de montrer qu’il n’en est rien ? L’actualité de cette fin de semaine en apporte à nouveau la preuve. Des individus encore non identifiés se sont livrés au saccage de plusieurs centaines de tombes dans le cimetière juif de Sarre-Union. Les enquêteurs sont encore sur place afin de relever traces et indices qui permettraient d’identifier les auteurs de cette profanation. Aussitôt, c’est la ruée des politiciens vers les caméras afin de bien montrer à tous son émotion. Et c’est là que le carnaval commence. Président, premier ministre et autres membres des milieux autorisés se mettent à parler des « juifs de France ». Comme si ces derniers n’étaient pas Français ou bénéficiant d’un statut particulier. Pourtant, il fut un temps pas si lointain où l’on parlait de « Français de confession juive ». Le ministre de l’Intérieur quant à lui parle de « la communauté juive », comme il y a peu il a parlé de « la communauté musulmane ». Comment en pas penser qu’il y a comme un hiatus entre ce qui est affirmé haut et fort et ce qui se passe dans les esprits de nos dirigeants ? Comment ne pas être persuadé que dans leur for intérieur ils aient acté le fait que la société française, à l’instar de l’anglo-saxonne, est devenue une mosaïque de groupes ethniques, religieux, ou autres au gré de ce que certains imaginent être leur identité ? Qu’on le veuille ou pas, les mots ont un sens. En passant, je me permets de rappeler à notre bon président, qui semble méconnaître sa langue pourtant natale, qu’on « agresse » pas un cimetière mais qu’on le profane. En effet, dans un communiqué de ce matin, il a cru bon de préciser que ce n’était pas la première fois que le cimetière de Sarre-Union était « agressé ».

Dans un autre registre, la prestation télévisée de Roland Dumas, ancien ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV : « Sous le prétexte que je défendais à une époque les Palestiniens contre les Israéliens, il m’a agressé un jour. Il a des alliances personnelles. Chacun sait qu’il est marié avec quelqu’un…. quelqu’un de très bien, je dirais, qui a de l’influence sur lui ».  Puis de préciser au journaliste qui lui demandait s’il considérait que Manuel Valls est sous influence juive : « Probablement, je peux le penser. » Rien de bien nouveau sous le soleil pour qui se rappelle les mots de Roland Dumas à propos de Manuel Valls qu’il avait qualifié « de petit soldat israélien veule et docile ». S’il y avait encore besoin de prouver que l’antisémitisme est une des choses les mieux partagées entre la droite et la gauche, en voilà un nouvel exemple. Ce qui est assez nouveau, c’est que la démonstration de cet antisémitisme de gauche, qui est loin d’être récent, est faire par un socialiste, ancien ministre du sphinx de surcroît. Les moralistes à la petite semaine doivent balayer devant leur porte. Ils peuvent bien, à juste raison, s’indigner, il n’en reste pas moins vrai que sous couvert d’antisionisme certains se lâchent, et ce ne sont pas que des gauchistes chevelus et/ou crasseux qui manifestent aux côtés de la racaille banlieusarde pour la Palestine.

Il y a de quoi regretter la France d’avant. Surtout d’avant la naissance des associations antiracistes, d’avant la promulgation des lois mémorielles. Car le débat public n’a jamais été aussi racialisé, la société aussi morcelée en communautés qui entendent bien que leurs particularismes soient respectés, que depuis que ces nuisibles reconnus d’utilité publique infestent le paysage politique et médiatique.

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Une réflexion sur “Langage républicain

  1. A mon humble avis, le président connait très bien son vocabulaire, et utilise volontairement le verbe « agresser » au lieu de « profaner », de manière à faire une phrase qui soit plus « choc », comme dans la presse à sensation.
    Toute cette communautarisation du langage politicien et de la politique en général, que vous critiquez à raison, est également voulue: ils communiquent avec des mots choisis, à destination de groupes électoraux choisis. C’est la triste réalité de leur mode de raisonnement politicien, où on ne pense pas pour la France dans son ensemble, mais selon de lamentables calculs électoraux personnels.

    Quant à cette « profanation », elle est, aux dernières nouvelles, l’oeuvre de gamins, idiots, mais ignorants de la façon dont les gens peuvent vivre cette atteinte à leur monument au mort familial. Des gamins, comme dans beaucoup de cas. Il est en fait fréquent qu’ils s’amusent à se faire peur en allant chahuter dans le cimetière du village, pour ensuite prendre une rouste par leurs parents quand ils découvrent quelle nouvelle bêtise ils ont « inventé ». Mais faut pas compter sur nos professionnels de la politique pour raison et mesure garder: peu importe qu’on découvre après coup que ce n’était que bêtise d’adolescent: saisissons l’occasion de se donner de l’importance et de caresser le menton de son électorat, il en restera toujours quelque chose.

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