L’enracinement pour (presque) tous

Pour une partie de nos contemporains, progressistes, le fait de se sentir lié à un terroir, une culture, des traditions, une langue, de faire partie d’un lignage inscrit dans l’histoire, constitue un marqueur certain de « beaufitude », le signe que l’on fait partie de la longue cohorte mille fois honnie des réactionnaires. Accessoirement, cela peut être également vu comme une preuve de racisme, car lorsqu’on est attaché à de telles choses, comment accepter l’autre ? Bref, toute personne suspectée de ces coupables inclinations fait irrémédiablement partie des salauds. Enfin, pas tout à fait, car comme en grammaire, toute règle progressiste souffre quelques exceptions.

Ainsi, selon que vous serez blanc ou d’une quelconque couleur, les jugements de cour vous rendront fréquentable ou pas. Tel journal, de gauche bien évidemment, se lamentera sur le sort de je ne sais quelle tribu d’Amazonie qui risque de se fondre dans le grand melting pot brésilien au prétexte que la jungle recule, et qu’elle se trouve maintenant au contact de la civilisation occidentale. Dans ce cas, le métissage est considéré comme une horreur, à la limite du crime contre l’humanité. Un peu comme cette bio-diversité qu’il faut absolument préserver. L’Indien sud-américain, le Papou, le Maori, l’Aborigène, le Massaï, le Bochiman, le Pygmée, etc. doivent bénéficier des mêmes précautions que celles qui sont prises afin de protéger la Harle piette, l’Erismature à tête blanche, la Cordulie à corps fin, la Magicienne dentelée.

Quant au blanc, quelque soit sa nationalité, il ne présente aucun intérêt à leurs yeux, sa disparition ne saurait donc les inquiéter. Enfin, pas tous les blancs, car ceux qui font partie du camp du Bien ont droit à des égards, surtout s’ils peuvent se targuer d’être nés quelque part, ailleurs bien évidemment, surtout s’ils ont choisi les trottoirs d’Alger pour apprendre  à marcher. Dans ce cas seulement le progressiste peut évoquer sa terre natale avec des trémolos dans la voix, la larmichette au coin de l’oeil. L’évocation d’Alger, Tunis, font alors naître dans les esprits de bien belles images. Les souvenirs se voilent, ça fait comme une éclipse, une nuit plein d’étoiles sur le port de Tunis… Parce que dans ce cas, ce n’est pas le vil colonialiste qui cause, mais le déraciné, le sans terre, l’exilé recueilli par cette France terre d’asile, qui pourtant pria en 1962 les pieds-noirs d’aller se faire voir ailleurs.

Roger Hanin est mort. J’avais une certaine tendresse pour cet acteur. Amateur de vieux films, il a fait la joie de mon adolescence avec les films d’espionnage dans lesquels il interprétait des barbouzes surnommés  « le gorille » ou « le tigre », sans oublier son interprétation de Charles le téméraire dans Le miracle des loups. Et puis il y a eu la série de films d’Alexandre Arcady sur fond de nostalgie d’une Algérie perdue, des difficultés pour les pieds-noirs à s’intégrer à la vie métropolitaine, etc. Ayant grandi, durant les années 60/70, dans le quartier séfarade de Paris, ces thèmes me parlent et me ramènent à mon adolescence. Mais je dois bien avouer que Monsieur Roger m’a déçu, je laisse la parole à Fredi M qui a su en peu de mots formuler ce qui me dérange un peu.

Le commissaire Navarro

Le commissaire Navarro ne sera pas enterré chez nous. Chez nous ce n’était pas chez lui visiblement, même après tant d’années, même après l’avoir souhaité ardemment. Chez lui c’était ailleurs et il s’en souvenait. Toute sa vie il s’en est souvenu : ses ancêtres n’étaient pas d’ici. Aujourd’hui il a obtenu sa mutation définitive au soleil d’Alger d’où il nous était venu.
J’ai beau comprendre et admettre, à chaque fois ce genre de nouvelle me fait un effet bizarre, comme si l’on m’avait trompé, comme si un usurpateur avouait sa culpabilité.
La France était-elle indigne de recevoir les cendres du commissaire ? Est-t-il donc ce pays, mon pays, comme le dit Attali, un hôtel où l’on dépose ses bagages avant le dernier voyage ?
Je vois dans cet épiphénomène toute l’imposture du grand déracinement que l’on nous vend quotidiennement : oui le commissaire Navarro avait des racines. Et il y tenait.
Comme nous.

Source : Demain à l’aurore

Tout ce que je lui souhaite, c’est que sa dernière demeure ne subira pas de profanation. Car pour ce qui est des cimetières français en Algérie, le moins que l’on puisse dire c’est que les citoyens de cette république démocratique et islamique ne brillent pas par le respect qui est dû aux défunts (mècépalislam, padamalgam) si j’en juge par les nombreux clichés que l’on peut trouver ici et là :

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