Un peu de bon sens

Natacha Polony :

Le multiculturalisme tue la France

FRANCE-CANAL-PLUS-POLONY

Si la France est multiethnique, elle n’a pas de tradition multiculturelle. Pour Natacha Polony, abandonner l’exigence d’une culture commune c’est tuer l’idéal d’émancipation français.

Dans le flot ininterrompu des déclarations qui invitent à mettre en œuvre le « plus jamais comme avant » imposé par les événements, une petite musique se fait entendre, qui ne laisse pas d’inquiéter. Déjà, nous avions appris que, le 11 janvier, nous devions marcher, au choix, « contre le Front national » (selon la direction de Mediapart), « contre les attaques envers les musulmans » (Clémentine Autain). Nous avions compris, à force de l’entendre, que tout cela « n’a rien à voir avec l’islam » (Allah akbar, le Prophète… non, non, rien à voir). Nous avions même fini par savoir que c’était le « totalitarisme laïcard » qui tuait, puisque Benoist Apparu appelait à l’éradiquer. Désormais, nous savons que des jeunes gens peuvent justifier des meurtres atroces, ou du moins les comprendre, parce que « dans leur culture », l’image du Prophète est ce qu’il y a de plus sacré. Et nous entendons de la part de Français inquiets qu’il « ne faut pas dessiner de caricatures parce qu’il faut respecter les autres cultures ».

Cette phrase, avec son air de bienveillance, nous raconte ce qu’est devenue la France. Ainsi, au pays de Rabelais, de Voltaire et d’Hugo, on estime que des enfants français, nés en France, ayant suivi leur scolarité dans l’école de la République, appartiennent à une culture « autre », une culture à ce point différente de la « nôtre » (mais qui est ce « nous » ?) qu’ils sont incapables de s’émanciper des dogmes d’une religion déclinée dans sa version la plus rigoriste et la plus éloignée de notre modernité laïque.

  • Au pays de Rabelais, de Voltaire et d’Hugo, on estime que des enfants français, nés en France, ayant suivi leur scolarité dans l’école de la République, appartiennent à une culture « autre ».

Qui s’en étonnera puisqu’on entend à longueur de journée des discours de gentils animateurs de banlieue ou de professeurs bienveillants nous expliquer sur les plateaux de télévision que la France est « multiculturelle », et qu’il faut bien l’admettre (sinon, l’on est un affreux raciste). Aussi, disons-le clairement, ce dont la France souffre aujourd’hui est avant tout une absence totale de maîtrise de la langue (ce qui, de la part de professeurs, pose tout de même un certain problème). Non, la France n’a jamais été un pays « multiculturel », mais un pays « multiethnique ». On peut avoir toutes les couleurs de peau, venir des confins du monde, et être citoyen français. Mais ce qui distingue la République française des autres démocraties libérales est justement qu’elle est un peu moins libérale puisqu’elle unit ces gens de toutes les origines en un peuple partageant une même culture.

Bien sûr, on pourra reprocher à cette France jacobine une unification forcée sur la base d’une citoyenneté abstraite, qui a tenté d’éradiquer ce qui faisait sa richesse et son histoire: la diversité de ses langues et de ses identités. Et c’est bien toute la difficulté d’une articulation entre l’universel et le local, entre la communauté nationale et l’individu. On peut être croyant de culture arabe, comme on peut être de langue et de culture bretonne, et communier dans les valeurs de la République française, de sa langue et de son histoire.

  • Ce qui distingue la République française des autres démocraties libérales est justement qu’elle est un peu moins libérale puisqu’elle unit ces gens de toutes les origines en un peuple partageant une même culture.

Pourtant, certains, au nom de la toute-puissance de l’individu et de ses droits, nous enjoignent maintenant, à l’instar du philosophe Alain Renaut dans Le Mondedu 14 janvier, d’en finir avec nos vieilles lunes et d’embrasser enfin un multiculturalisme dont on comprend qu’il n’est pas celui des Anglo-Saxons (Alain Renaut ne prône pas les tribunaux islamiques pour la « communauté musulmane ») mais qu’il se fonde sur une conception purement libérale de l’individu, c’est-à-dire détaché de toutes ses appartenances. Dangereuse utopie. Qui ne voit pas que c’est justement la destruction des institutions chargées de transmettre les valeurs communes qui a fait le lit d’un multiculturalisme de fait, finalement tout sauf libéral, et qui enferme les individus dans des communautés autres que la Nation ?

  • C’est justement la destruction des institutions chargées de transmettre les valeurs communes qui a fait le lit d’un multiculturalisme de fait.

Les jeunes gens qui n’ont pas la moindre notion d’histoire ou d’histoire des idées, incapables, par ignorance, par démission de l’école, de s’inscrire dans cette généalogie qui est celle de l’humanisme et des Lumières, n’ont aucune chance de se sentir français puisque être Français, c’est être héritier de cette histoire. Nous les avons privés de leur héritage.

L’islam, bien sûr, n’a pas connu le mouvement de réforme qui a depuis quatre siècles laïcisé le christianisme (même si l’islam est divers et connaît des courants et des périodes de recul du théologico-politique), mais un jeune musulman français, si l’on n’avait pas évacué de l’école, des discours politiques et de toutes les institutions la transmission culturelle, pourrait s’inscrire dans ce processus de laïcisation. Au contraire, l’en priver au nom de sa « culture », c’est estimer que les valeurs que nous jugions universelles ne le sont pas (ou du moins pas pour lui), et c’est faire de la France une entité administrative aux contours arbitraires regroupant des individus selon leurs seuls intérêts. C’est tuer la France, et c’est tuer son idéal d’émancipation et de liberté.

Natacha Polony 

Source : Le Figaro

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5 réflexions sur “Un peu de bon sens

  1. Bon, je ne partage pas tous les points de vue de la belle, notamment sur la multi-ethnicité de la France qui n’est due qu’aux délires immigrationnistes d’une classe politique qui a trahi le peuple qu’elle est censée servir, mais il faut bien admettre que par rapport au néant intellectuel actuel, c’est un mieux certain.

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    • Certes, ceci dit, ce n’est pas une réactionnaire au sens propre du terme. Elle est un peu plus à droite que la grande majorité des guignols de l’UMP et de l’UDI réunis, ce qui finalement ne représente pas grand chose sur l’échelle de la « droititude » traditionnelle française. Et puis elle me gonfle à sens cesse se devoir obligée de parler de la république et de ses valeurs, comme si c’était ce qui compte avant tout. Et la Patrie alors ? Est-ce que nos soldats, à travers l’histoire, se sont battus pour que leur pays devienne une sorte de machin informe dans lequel n’importe quel importé baragouinant péniblement notre langue peut exiber fièrement sa carte d’identité en t’envoyant « Yé souis aussi fronçais qué touaa ! » ? Quant à l’universalisme de la France, il ne s’est jamais manifesté, enfin jusqu’à la seconde guerre mondiale, à travers un discours du genre « France, terre d’accueil, venez comme vous êtes, on prend tout le monde et on ne vous demandera pas d’oublier ce que vous étiez avant d’arriver. » L’universalisme de la France était catholique, on a un peu trop tendance à l’oublier.

      Mais comme je l’ai dit plus haut, elle apporte un peu d’oxygène dans le merdier idéologique actuel. C’est mieux que rien.

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