La vie c’est simple comme un coup de feu

marseille bistrotLe Marseille d’avant.

Marseille, sa Canebière, ses petits bistrots typiques, son vieux porc port, sa basilique Notre-Dame-de-la-Garde, son célèbre assent qui a fait la fortune de toute une génération d’acteurs dans les années trente. Mais ça, c’était avant. Aux oubliettes le joli passé phocéen. Il y avait trop de white, de blancos, ça manquait un peu trop de kébabs,de bars à chicha et de kalach. Le taux de leucodermes au km² était tout simplement insupportable, enfin pour un socialiste, internationaliste par nature. Fort heureusement, les socialistes veillèrent très tôt au grain. En 1962, Gaston Deferre, l’indéboulonnable édile de la ville, envoya les pieds-noirs se réadapter ailleurs. En revanche, la ville sut très vite se montrer on ne peut plus accueillante pour tous ceux qui débarquaient d’Afrique du nord et n’étaient pas soupçonnables d’appartenir à ceux qu’on appelait à l’époque « les européens » (i.e, descendants de colons). Lentement mais sûrement la physionomie de la ville se modifia, les quartiers autrefois populaires devinrent des quartiers « sensibles » au fur et à mesure que les marseillais de souche découvraient les joies du ouailleteu flailleteu.

CastellaneLe Marseille d’aujourd’hui.

Afin très certainement de tourner rapidement la page d’un succès au goût amer dans le Doubs, notre bon premier ministre s’est dit que ce serait une bonne chose que de faire un petit déplacement en province. L’actualité sécuritaire ayant connu un pic en janvier, il convenait de rappeler au petit peuple des électeurs que les socialistes sont des maousse costauds pour ce qui est de faire régner l’ordre. Non, ne riez pas, ils font ce qu’ils peuvent les pôv chéris. Et qui dit sécurité, dit Marseille, la ville où le cannabis se vend dans de véritables shit drives. Marseille, la ville où le nombre de tués par balles dépasse celui des morts sur la route. Il fallait donc frapper un grand coup afin de montrer que le gouvernement a la situation bien en main, même si les chiffres publiés ne sont pas aussi catégoriques que l’hidalgo de Matignon.

L’idée était belle. Seulement voilà, il y a cette saloperie de réalité qui n’a rien trouvé de mieux que de pointer son vilain groin. Quand ça veut pas, et bien ça ne veut pas. Il se trouve qu’entre quinze et vingt membres de cette belle diversité enrichissante, répartis en deux équipes rivales, cagoulés, équipés de gilets pare-balles, ont décidé de régler un petit différend territorial. Les règles du jeu sont simples, il n’y en a pas. C’est l’équipe qui a fumé le plus de gaziers du gang d’en face qui a gagné. Net et sans bavures. Il se chuchote que bientôt ils adopteront les règles du tennis, pour pouvoir jouer il faudra venir avec ses balles et ses roquettes.

Donc les premiers échanges de tirs ont lieu dans la matinée, vers les huit heures. Au passage, il convient de saluer ce bel effort, ce n’est pas tous les jours que les trafiquants sont debout à une heure aussi matinale. Ni une, ni deux, aussitôt averti des faits, le directeur de la police décide de se rendre sur les lieux, et pour rejoindre rapidement le champ de bataille, alors qu’il se déplace dans un véhicule banalisé, il demande à ce que le gyrophare magnétique soit posé sur le toit et le deux-tons activé. Sauf que l’arrivée impromptue de trois véhicules, toutes sirènes hurlantes, n’a pas, mais alors pas du tout, impressionné les protagonistes du remake de « réglement de compte à OK Coral« . Dès qu’il s’agit de foutre sur la gueule des représentants de la maison j’t’arquepince, tout le monde se réconcilie. C’est ce qui arriva dans la riante cité de la Castellane, et les véhicules se retrouvèrent sous le feu des anciens ennemis, rabibochés par leur haine commune du flic. Aussitôt, on fait appel au GIPN. Les hommes en noir déboulent, un hélicoptère survole la zone, parce qu’il faut tout faire pour rattraper le coup. Car il faut bien l’avouer, ça la fout mal alors que l’hidalgo est sur le point d’arriver, accompagné du ministre de l’Intérieur, et de la ministre de l’Education nationale, pour une visite sur les thèmes de la sécurité et de l’éducation. Le quartier est bouclé par les CRS, et 5 à 7 individus se retranchent dans une tour de la cité. Echanges de tirs, dont certains terminent leur course dans un mur mitoyen d’un collège. Du coup, tous les élèves des écoles, collèges, lycées proches sont confinés dans leurs établissements, les parents ne peuvent pas venir les récupérer. Finalement, les malfrats se sont égaillés dans la nature. Après une fouille minutieuse, sept kalachnikovs et une vingtaine de kilos de drogue ont été retrouvés.

marseille

Notez au passage la décontraction des locaux guère impressionnés. La routine.

Selon le premier ministre, ces tirs « seraient inacceptables« . Whaouh ! Moi qui croyait être un cador pour ce qui est d’enfoncer des portes ouvertes, j’ai trouvé mon maître. Je m’incline bien bas. Pour ma part, je préfère laisser la parole à celle qui avait été ridiculisée par son parti lorsqu’elle avait brigué la candidature à la mairie de Marseille l’an dernier, Samia Ghali : « J’ai été prévenue par des parents inquiets qui voyaient des jeunes cagoulés et armés s’installer un peu partout dans la cité, y compris des snipers sur les toits. d’opération de guerre qui se préparait. Je ne sais qui ou quoi était visé, mais si ces gens ont pris ces risques, ce n’est pas pour rien. Ils voulaient intimider, lancer un défi. […] Malheureusement j’ai eu raison avant tout le monde. On disait que j’allais trop loin à l’époque. En fait, c’est nous qui n’allions pas assez vite. On nous parle de la Syrie aujourd’hui, mais la peur au ventre est la même à la Castellane et dans d’autres cités des quartiers Nord. Les gens vivent dans ces cités comme dans une prison à ciel ouvert, gardée par les dealers, les proxénètes et les voyous. Ils ne veulent qu’en partir. Ils n’en peuvent plus d’entendre tirer tous les jours. » Il faut faire la part des choses, mettre de côté l’exagération qu’on portera au compte du tempérament méditerranéen de la sénatrice. Marseille n’est pas encore la Syrie, loin s’en faut. En revanche, il est clair que si rien de véritablement sérieux n’est fait, Marseille finira par ressembler au Rio de Janeiro qui est dépeint dans « Troupe d’élite« . Constat qui a d’ailleurs été fait par un criminologue canadien de ma connaissance, spécialiste de ce genre de problématique, et qui participe à la mise en place et la formation de forces de police modernes dans des pays notoirement connus pour leurs bandes armées tels que l’Ethiopie, etc.

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