Tout le monde il est beau, tout le monde il a le droit de blasphémer.

Le Saint Père peut bien dire ce qu’il veut, Christiane Taubira, la nouvelle sainte laïque de la gauche la plus conne d’Europe, alors qu’elle assistait à l’inhumation de je ne sais quel dessinateur charliesque, s’est avancée vers les micros. J’imagine qu’un révérencieux silence s’est imposé à l’assistance, et que quelque apparatchik local s’est écrié « Silence, rabbi Taubira elle va parler. » Et elle a parlé :

« On peut tout dessiner, y compris un prophète parce qu’en France, dans la France de Voltaire et de l’irrévérence, on a le droit de se moquer de toutes les religions. »

A rapprocher de la sortie imbécile de l’ex-ministre de l’Aculture, Aurélie Filipetti :

« Je suis Charlie à 100%. J’ai envie qu’on bouffe tous du curé. On a le droit d’être agnostique. Il faut qu’on arrête de discuter en permanence avec les rabbins, les imams, les curés : ce ne sont pas des maîtres à penser ! La liberté, c’est aussi de ne pas croire. »

Ce qui apparaît aussitôt, c’est le caractère binaire de la réflexion des gens de gauche, la nuance, la finesse, ça n’est décidément pas leur truc. Tout est blanc ou noir, gentil ou méchant, bien ou mal, etc. Comme si un fidèle lambda de quelque religion que ce soit n’était pas en mesure de faire la différence entre la moquerie et l’insulte gratuite dont le seul but consiste à choquer et blesser. Le catholique traditionaliste que je suis sait faire la différence entre une blague, même incisive, dont le seul but est de provoquer le rire, et un dessin vulgaire et foncièrement méchant, comme ceux qui font régulièrement la une de ce torchon aujourd’hui encensé, alors qu’il était au bord du dépôt de bilan, faute de lecteurs en nombre suffisant. « On a le droit de… », certes, mais n’a-t’on pas également, je dirais même surtout, le devoir de veiller à ne pas volontairement blesser les gens dans ce qu’ils ont de plus sacré, de plus intime ? Les ténors de la gauche ne cessent de se gargariser de grands mots comme tolérance, respect, ouverture. Où se nichent ils ces grands principes lorsqu’on se permet de salir gratuitement des millions d’hommes et de femmes ? Pour autant, j’estime que cette conduite de voyou ne justifie en rien le recours à la violence, encore moins armée comme nous avons pu malheureusement le voir.

Quant à Mme Filipetti, que dire sinon qu’elle aurait mieux fait de se taire. La bêtise, même la plus crasse, ne saurait tout excuser. Déjà, elle ne prend guère de risques, taper sur les curés, c’est une pratique aussi vieille que la république. Il y a bien longtemps que cet exercice n’a plus le moindre caractère transgressif. C’est même la forme la plus convenue de ce conformisme post-moderne qui fait la joie de cette classe jacassante qui joue encore à lutter contre une Eglise qu’elle imagine encore toute puissante. Il faudrait qu’ils se réveillent, on ne décapite plus ceux qui profanent un crucifix. Par ailleurs, où a-t’elle pêché le fait que les croyants s’offusqueraient de ce que certains soient agnostiques ou athées ? En Europe, j’ai beau chercher, je ne vois pas. En revanche, il y a des contrées moyen-orientales où cela est très mal vu, mais à ce qu’il paraît il ne faut pas faire d’amalgames, il ne faut pas stigmatiser. Pourtant c’est bien dans ces coins reculés de la planète où on refuse la liberté de ne pas croire, comme la liberté de changer de religion.

Enfin, là où l’insondable ignorance de la donzelle apparaît clairement, c’est lorsqu’elle affirme que les curés et rabbins ne sont pas des maîtres à penser. Ma pauvre godiche, qui, sinon Notre Seigneur Jésus-Christ, a formalisé clairement la séparation entre le temporel et le spirituel ? Et les fondements de toute société humaine saine, viable et vivable, ne se trouvent-ils pas dans le décalogue ? Tu ne tueras point, tu ne voleras point, tu ne feras pas de faux témoignage, tu ne commettras pas d’adultère, c’est quoi à ton avis ? Et cette belle justice républicaine que tu encenses, on se demande bien pourquoi d’ailleurs, ne trouve t’elle pas ses principes fondateurs dans la Sainte Inquisition qui a inventé des formes nouvelles comme l’enquête à charge et à décharge avec confrontation, la détention préventive ou la liberté surveillée, les avocats plaidant pour les deux parties (accusation, défense), la production de témoins, la possibilité pour l’accusé de récuser ses juges, la sentence rendue par un jury. Je pourrais citer encore longtemps toutes ces choses qui ont été le fait de ces maîtres à penser que tu récuses, te couvrant par là du ridicule le plus achevé. S’ils ne t’avaient pas précédé, tu ne pourrais pas pérorer en toute liberté sans que je ne sais quel gazier vienne te claquer le baigneur, dans le meilleur des cas.

priereEn revanche, ces attentats, tout comme l’épisode comique du « Je suis Charlie » quasi-obligatoire, ont mis en lumière le fait que les gens de gauche ont, à leur manière, un comportement, une façon de penser, qui n’est pas sans rappeler celle du croyant, au point que l’on peut considérer que leur vision de la laïcité est une forme de religion. Fait confirmé, de manière inattendue et amusante, par l’arrêt de la Cour d’Appel de Paris du 27 novembre 2013, mettant un point final à la célèbre affaire de la crèche privée Baby Loup. Elle précise que la crèche laïque doit être considérée comme une « entreprise de conviction ». La cour poursuit en développant : « l’association Baby-Loup peut être qualifiée d’entreprise de conviction en mesure d’exiger la neutralité de ses employés […] Le principe de la liberté de conscience et de religion de chacun des membres du personnel ne peut faire obstacle au respect des principes de laïcité et de neutralité qui s’appliquent dans l’exercice de l’ensemble des activités développées, tant dans les locaux de la crèche ou ses annexes qu’en accompagnement extérieur des enfants confiés à la crèche. » le terme « entreprise de conviction » est on ne peut plus intéressant, car il révèle la nouvelle manière républicaine d’envisager la laïcité. En effet, ce terme, en droit français est utilisé pour qualifier, entre autres, une association religieuse. Lapsus calami révélateur et très certainement involontaire. D’ailleurs, le juriste émérite Marc Guidoni ne s’y est pas trompé, en commentant ainsi cet arrêt : « Pour mémoire, une telle entreprise (NDR : de conviction) est une structure à laquelle est attachée une doctrine impliquant un parfait respect, si ce n’est en conscience, du moins en comportement du salarié, notion qui ne s’était jusqu’ici appliquée qu’en matière religieuse. C’est donc établi, « ne pas croire » est une religion ! »

Mais revenons à nos calotins laïques. Tout d’abord, ils ont leur sainte trinité laïque « liberté-égalité-fraternité« . Qu’importe si elle est intrinsèquement contradictoire dans les termes, elle doit être inscrite sur tous les frontons des temples séculiers républicains. Ils ont également leur madone : Marianne. Ils ont également leurs rites : baptême et mariage, en attendant la prochaine invention du rite funéraire. Que la république, incapable de créer la moindre valeur positive, se soit empressée de singer l’Eglise catholique en s’emparant de ses rites est on ne peut plus révélateur de sa nature. Et malheur à ceux qui osent mal penser, on ne va pas les accuser de blasphème, ce serait par trop ridicule puisque justement lorsqu’il vise les religions il est fortement recommandé. Non, un mot a été inventé pour désigner cet acte de crimepensée : dérapage. Aussitôt qu’un malotru ose proférer je ne sais quel dérapage verbal, son cas est aussitôt confié aux modernes inquisiteurs de la presse, qui en revanche se fichent totalement d’instruire à charge et à décharge. Leur rôle, c’est de liquider socialement l’odieux blasphémateur qui a osé s’écarter de la doxa, de le clouer au pilori afin que la populace puisse contempler ce nouveau Goldstein et cracher sur son écran de télévision à sa moindre apparition.

En 1905, il s’agissait de séparer l’Eglise de l’Etat, ce dernier signifiant que le catholicisme n’était plus religion d’Etat. En proclamant sa neutralité, il garantissait la liberté de culte, assurait la liberté de conscience, permettant d’assurer l’égalité des tous les citoyens, qu’ils soient croyants ou pas, chacun pouvant vivre sa foi comme il l’entend, dans le respect des autres et de la tolérance civile. Or, depuis la fin des années 80, on assiste à une nouvelle interprétation de la laïcité par la gauche. On est passés de la neutralité, la garantie de la liberté de conscience, à une laïcité de contrôle qui entend verrouiller le fait religieux au seul espace public. En cherchant à imposer aux gens de se séculariser, à ne pas donner leur avis dans le débat public, la république contrevient à l’esprit fondateur de la loi de 1905 en ce qu’elle porte atteinte à leur liberté de conscience et transforme la laïcité en athéisme d’Etat.

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2 réflexions sur “Tout le monde il est beau, tout le monde il a le droit de blasphémer.

  1. On a le droit, certes. On a parfaitement le droit d’être un connard, ce n’est pas illégal. Mais en dehors de la loi, il existe un autre truc qui sépare l’humain d’un singe sans poil et qui s’appelle la moralité. C’est pourquoi les gens dignes d’estime s’abstiennent d’être des connards, même quand la loi le permet. De surcroît, il est parfaitement normal de mépriser les connards : ça non plus, ce n’est pas illégal.

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