Pas d’amalgames

5 mgNous vivons une époque extraordinaire. Vraiment. Non, je ne rigole pas. Trois beaux tarés dans la fleur de l’âge, en pleine possession de leurs moyens, sauf intellectuels bien sûr, musulmans très très pratiquants (si, si), mais ça c’est un point de détail de l’histoire, ont eu l’idée de faire un carton histoire de venger leur prophète. Pour ceux qui ne seraient pas versés dans les arcanes de la religion coranique, l’image figurative est, dès l’origine de l’islam, totalement exclue du domaine religieux. Dès le milieu du VIIIème siècle, l’islam est secoué par la querelle dite « des images », qui après moult longues discussions, petits étripages entre amis et autres amabilités, finira par déboucher sur une fatwa émise  par le juriste syrien al-Nawawî (1233-1277) :

« Les grandes autorités de notre école et des autres tiennent que la peinture d’une image de tout être vivant est strictement défendue et constitue l’un des péchés capitaux parce qu’elle est menacée par les punitions (lors du Jugement dernier), ainsi qu’il est mentionné dans les traditions, qu’elle soit pour un usage domestique ou non. Ainsi, la fabrication en est interdite en toute circonstance, parce qu’elle implique une copie de l’activité créatrice de Dieu, qu’elle soit sur une robe, un tapis, une monnaie, l’or, l’argent ou le cuivre, sur un plat ou sur un mur ; d’autre part, la peinture d’un arbre ou d’une selle de chameau ou d’autres objets qui n’ont pas de vie n’est pas interdite. Telle est la décisions en ce qui concerne la fabrication elle-même. »

Donc, oser représenter le prophète équivaut à une condamnation pour ceux qui oseraient s’y essayer. Si en plus il s’agit de l’oeuvre d’infidèles particulièrement irrévérencieux, il est clair que les éléments propres à échauffer la bile des apprentis barbus sont réunis. Donc ces trois djihadistes se sont mis en tête de châtier les impudents, et sont passés à l’acte. Quelques dizaines d’heures plus tard, ils trépassaient, non sans avoir commis quelques victimes de plus à Montrouge puis Vincennes, mais la conscience en paix, certains d’avoir agi en pieux observateurs des préceptes de leur religion, et puisqu’ils sont morts en « martyrs » de leur foi, sûr de pouvoir goûter, pour l’éternité, aux délices prodigués par 72 houris, dont il est bon de rappeler que leur sexe n’a jamais été établi.

Aussitôt, tout ce que le monde politique compte de têtes susceptibles d’avoir accès aux micros et caméras se mobilisa pour condamner ces horreurs. Jusque là, rien que de très normal. Mais ce qui l’est nettement moins, ce fut de voir tous ces kouffar se répandre en imprécations contre ces énergumènes, les accusant de défigurer l’islam qui serait, selon ces avis hautement autorisés, une religion paisible et tolérante, pétrie d’amour pour l’humanité entière. A croire que le corps électoral a, depuis près de quarante années, porté une légion de pieux et doctes mahométans aux plus hautes destinées. Car assurément, un tel aplomb ne s’explique que par une science acquise après de très longues années de pratique. A moins qu’ils se foutent de nous, mais cela je ne peux l’imaginer tant la probité de ces êtres d’élite est notoire.

Bien sûr, que l’on puisse trouver dans le coran des versets qui ne permettent pas la moindre interprétation équivoque n’a rien à voir avec ce qui s’est passé chez nous, ce qui se passe au Mali, au Nigeria, en Irak, en Syrie, etc. Il ne faut pas stigmatiser l’islam et ses fidèles. Après la lecture de ces quelques versets, je vous laisse vous faire votre opinion :

Sourate 9, verset 29 : « Combattez ceux qui ne croient pas en Allah, qui ne considèrent pas comme illicite ce qu’Allah et son prophète ont déclaré illicite(…) jusqu’à ce qu’ils paient, humiliés et de leurs propres mains, le tribut ».

Sourate 2, verset 216 : « Le combat vous est prescrit et pourtant vous l’avez en aversion. Peut-être avez-vous de l’aversion pour ce qui est un bien et de l’attirance pour ce qui est un mal. Allah sait et vous ne savez pas ».

Sourate 9, verset 5 (appelé le verset du sabre) : « lorsque les mois sacrés sont passés, tuez les associateurs (les chrétiens qui croient en la Trinité), tuez-les où que vous les trouviez, capturez les, assiégez les, tendez leur des embuscades. Si ensuite ils se convertissent à l’Islam, laissez-les ».

Sourate 9, verset 29 : « combattez ceux qui ne croient ni en Allah, ni au jour dernier, au jour du jugement. Ceux qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son prophète interdisent et ceux qui ne professent pas la vraie religion et parmi eux ceux qui ont reçu le Livre des juifs et des chrétiens, combattez les jusqu’à ce qu’ils soient soumis ».

Sourate 47, verset 4 (appelé verset du Djihad) : « quand vous rencontrez les infidèles, frappez les au cou jusqu’à les asservir ».

Sourate 8, verset 17 : « Vous ne les avez pas tués (vos ennemis). C’est Allah qui les a tués. Lorsque tu portes un coup, ce n’est pas toi qui le porte mais Allah qui éprouve ainsi les croyants par une belle épreuve ».

Sourate 47, verset 35 : « Ne faiblissez pas et ne demandez pas la paix quand vous êtes les plus forts et qu’Allah est avec vous ! (…) ».

Vous le sentez cet amour du non musulman dans ces quelques extraits parmi tant d’autres ?

Bien sûr, il y a plein d’hommes et de femmes de par le vaste monde qui n’ont pas nécessairement envie de trucider leur voisin mangeur de porc, buveur d’alcool. C’est une évidence. Mais il n’en reste pas moins vrai que les très très barbus, les barbus et les modérément barbus lisent le même livre. Et comme il s’agit de la parole incréée et immuable de Dieu, on ne peut donc, quand on est un bon musulman, se livrer aux joies chrétiennes et juives de l’interprétation, de la discussion sur le sens de tel ou tel passage à la lumière des siècles passés et du présent. En terre d’islam, un bon musulman ne peut et ne veut remettre en cause la moindre sourate. Le faire, ce serait remettre en question Dieu lui-même, et par dessus le marché s’inscrire au vu et au su de tous comme un mauvais musulman.

L’imam de la république, (à ce qu’il paraît la sociale, laïque, une et indivisible, en reconnaîtrait au moins un, ce qui éclaire sur la cohérence de ces gens) les recteurs et autres grands mamamouchis peuvent bien dire que ce qui sert de base idéologique et théologique à ces énergumènes n’est pas l’islam, cela n’engage qu’eux. Après tout, ne nous serine-t’on pas régulièrement qu’il n’y a pas de hiérarchie dans la prêtrise coranique ? Par ailleurs, il n’existe pas de formation spécifique pour devenir imam, n’importe qui peut le devenir, les seules conditions étant de parler couramment arabe, de connaître le coran en entier, connaître la sunna (tradition prophétique), toucher sa canette en jurisprudence islamique (fiqh). Si on possède ces qualités, on peut devenir imam, il suffit que les membres de la « paroisse » locale vous désignent comme tel. Vous pourrez alors être, selon vos qualités et votre ancienneté et sagesse, désigné en tant qu’imam des cinq prières (1er degré, pour les prières quotidiennes), imam Khatib (2ème degré, prédicateur pour la grande prière du vendredi), imam Mumtaz (3ème degré, grand cheikh enseignant).

Il est donc patent que l’imam est avant tout le reflet de la communauté locale. D’ailleurs, sur ce point, il est intéressant de rappeler que le très médiatique Hassen Chalghoumi, que les médias présentent comme l’imam de Drancy, n’a aucune légitimité pour s’affubler de ce titre, étant donné qu’il n’a jamais été désigné  par les musulmans fréquentant la mosquée de cette ville. Il n’a d’ailleurs pas plus de légitimité lorsqu’il prétend, à l’occasion de certaines entrevues télévisées ou radiophoniques, parler au nom des musulmans de France. De fait, si la majeure partie des musulmans qui fréquentent une mosquée « x » ont plutôt une approche littérale du Coran, ils se choisiront un imam que d’aucuns qualifieront de fondamentaliste ou d’intégriste. Et personne ne pourra trouver quoi que ce soit à leur reprocher car cette approche est permise et considérée aussi honorable que celle de musulmans moins traditionalistes. Serait elle jugée illicite que personne ne pourrait rappeler l’imam à l’ordre, a contrario du catholicisme où les fidèles peuvent saisir leur évêque, qui lui-même peut en référer au nonce, etc. Claude Lévi-Strauss évoquait la simplicité de l’islam dans « Tristes tropiques ». Un exemple parmi tant d’autres, c’est la vision du monde par l’islam. Elle est simple. D’un côté il y a le Dar al-islam (domaine de la soumission à Dieu), c’est à dire l’ensemble des pays où la charia est appliquée. De l’autre il y a le Dar al-harb (domaine de la guerre), c’est à dire l’ensemble des pays du monde où doivent se porter tous les efforts des fidèles pour la conversion des mécréants autrement appelés « associateurs », que ce soit par le prosélytisme ou la guerre.

Partant de là, pour l’homme du commun, et même pour le connaisseur averti, comment faire la différence entre le musulman paisible qui désire avant tout écouter sa conscience pour vivre en bonne intelligence avec son voisinage, et celui qui a adopté une lecture littérale ? Certains allégueront que la tenue vestimentaire peut être un bon marqueur. Sauf que que l’islam prescrit de manière obligatoire pour tout bon musulman le fait que leurs vêtements ne doivent pas ressembler aux vêtements des mécréants. Sur le plan alimentaire, modérés comme fondamentalistes respectent les mêmes interdits. Idem avec la discrimination matrimoniale qui proscrit tout mariage avec un ou une infidèle, à moins bien sûr que ces derniers ne se convertissent à la religion d’amour, de tolérance et de paix. Quand on est musulman, on peut tolérer de vivre à côté des infidèles, mais cela ne peut aller au delà, jusque dans le sépulcre où ils exigent des carrés particuliers car il est impensable que leurs morts puissent jouir de la mixité sociale, ethnique et religieuse qui fait tant bander nos politiques.

On le voit, il est très difficile de savoir à qui on a affaire, les hommes n’étant pas pour l’heure dotés du pouvoir de sonder les cœurs et les reins, car « sonder les cœurs et les reins, c’est l’apanage de Dieu, qui seul connait les pensées secrètes, les sentiments profonds de l’homme. »(Psaume 7-10, Jérémie 11-20). La méfiance est donc naturelle, d’autant que depuis le début des années 70 qui vit naître le terrorisme islamique, il ne se passe pas de semaine sans que tombe une dépêche relatant d’un détournement d’avion, un massacre, un attentat meurtrier, sans parler de ce qui semble être devenu le lot commun des chrétiens en terre d’islam. Bien entendu, il n’en va pas de même pour les politiques, les journalistes, les artistes engagés, et autres habitués des caméras et des micros. Eux, ils sont généreux, ils vibrent d’un amour inconditionnel pour les musulmans. D’un autre côté, c’est aisément compréhensibles. Ils ne sont pas soumis aux mêmes obligations qui frappent le commun des mortels. Eux, ils disposent de moyens suffisants pour ne pas avoir à partager leur palier avec une famille issue du Maghreb ou d’Afrique sub-saharienne; leurs enfants effectuent leur scolarité soit dans une école privée (souvent catholique bien qu’ils se proclament farouchement athées et anti-cléricaux), soit dans un de ces établissements publics d’élite où, par la grâce d’une carte scolaire bien dessinée, ils seront dispenser de la fréquentation des enfants plébéiens. Quant à leurs incursions dans le monde réel, elles sont limitées. Le trajet classique se limite à l’aller comme au retour à : appartement, ascenseur, parking souterrain, voiture avec ou sans chauffeur, trajet, parking souterrain, ascenseur, bureau. A ce compte, il est facile d’aimer des gens que l’on ne voit que depuis la fenêtre de sa voiture ou de son bureau, que l’on croise furtivement à l’occasion d’une campagne électorale, d’un reportage, d’un tournage. Et encore, bien entouré de gardes du corps, ou d’une équipe technique.

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